Parole d’experte : « On doit valoriser le fait d’être transformé grâce à la diversité. »

13-01-2026
Thématiques : Gestion de la diversité  -  Parole d’expert
Comment concilier les différences dans un environnement de travail culturellement diversifié et parvenir à créer une cohésion au sein de l’équipe ?
Karine Dutemple

Karine Dutemple, rédactrice
chez Pratiques RH

Suzie Yeo, fondatrice et directrice d’Autrement d’ici et spécialiste en communication interculturelle

Suzie Yeo, fondatrice et directrice d’Autrement d’ici, nous explique comment renforcer les relations interpersonnelles dans un milieu diversifié grâce à une communication interculturelle saine et enrichissante.

La communication interculturelle comme soutien à l’inclusion

PRH : Quels sont les principes de l’interculturalité ?

Suzie Yeo : L’interculturalité traduit la cocréation d’un signifié commun dans un contexte de communication interculturelle.

Ce n’est pas ce qui se trouve dans un espace entre deux personnes ou deux groupes, mais plutôt ce qui se crée dans l’intersection entre ces gens ou groupes et qui donne naissance à un sens commun.

PRH : Comment la culture peut-elle impacter la communication avec les pairs dans un milieu de travail ?

S.Y. : D’abord, il faut bien définir ce qu’on entend par culture et comprendre que celle-ci est acquise. Elle n’est pas seulement de nature organisationnelle ou nationale. Il y a plusieurs cultures, celles-ci participant à la construction de l’identité de chaque personne.

Cette étape est importante pour ensuite être en mesure d’expliquer de quelle façon ce cadre de référence culturel vient impacter nos interactions dans un groupe donné, dans un contexte de travail.

Cet impact se manifeste par l’intermédiaire des différents codes qui vont être valorisés par le groupe pour devenir des normes ou valeurs importantes, suscitant des attentes mutuelles concernant les comportements adoptés en milieu de travail.

Ces attentes peuvent toucher la communication verbale et nonverbale, la façon de travailler, la gestion des conflits ainsi que les rapports entretenus avec les supérieurs hiérarchiques ou les collègues.

C’est donc très vaste et multiple. Notre cadre de référence, c’est la culture dans laquelle on baigne et les différentes cultures qui nous construisent. Elles vont influencer la manière dont nous interprétons un message, mais aussi notre comportement et la façon dont nous réagissons, intervenons et communiquons dans un contexte interculturel.

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PRH : Quels sont les obstacles à l’établissement d’une bonne communication dans un environnement de travail diversifié ?

S.Y. : Il y a beaucoup d’obstacles, dont les stéréotypes et ceux d’ordre linguistique. Il y a aussi la crainte de la différence, ce qui est un sentiment très commun.

Elle traduit une peur que la diversité dans l’équipe et l’environnement de travail nous amène à devoir faire des changements, des transformations. C’est une crainte de se laisser transformer ou de s’ouvrir à une façon de travailler ou de penser différente, à un comportement qui n’est pas celui auquel on s’attend.

Il s’agit d’un instinct de survie, lequel explique pourquoi les gens vont être naturellement plus réticents aux changements. Ces derniers peuvent engendrer des conflits internes, alors qu’ils devraient s’opérer de façon très naturelle.

« Dans un contexte interculturel, on doit prendre le risque, souhaiter ou valoriser le fait d’être transformé grâce à la diversité. » 

Dans toute communication ou relation, je dois accepter de me laisser altérer et transformer si je désire construire un signifié commun et être dans l’accueil de l’autre.

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PRH : Comment renforcir les liens entre les membres d’une même équipe en contexte interculturel ?

S.Y. : Il fauttravailler pour faire en sorte qu’il y aille un leadership inclusif fort à l’interne. Quand la responsabilité du bien-vivre ensemble et de la mise en place d’un leadership inclusif ne vient pas seulement de la direction ou des gestionnaires, mais qu’elle est partagée dans l’ensemble des équipes de travail, cela va vraiment faire une différence.

Pourquoi ? Parce que tout le monde sent que sa contribution peut vraiment apporter quelque chose de plus au bon déroulement du travail et des tâches.

Il n’y a pas de culture meilleure que l’autre, seulement des cultures différentes, s’accompagnant de façons de faire, d’agir, de penser et de ressentir diversifiées. Mises ensemble, elles peuvent apporter une richesse et participer à la création d’un sens commun.

« Il faut des espaces de dialogue où on met de l’avant la valeur de chacun et l’égalité de tous et de toutes. » 

Toutefois, ces espaces-là doivent être créés afin que des liens puissent se tisser. Pour y arriver, outrepasser la crainte du changement est essentiel. Comment y parvenir ? En valorisant l’adaptation mutuelle dans un contexte interculturel grâce au dialogue, à la communication et à ce qui est véhiculé au sein de l’entreprise.

PRH : Quels sont les outils et les stratégies pouvant favoriser une saine communication et minimiser les malentendus ?

S.Y. : Les outils sont nombreux et il existe plusieurs approches. Parmi ces dernières, on retrouve le cadre de référence de Margalit Cohen-Emerique.

Celui-ci aborde le concept des « incidents critiques », lesquels sont des réactions émotives ressenties en situation de dépaysement socioculturel.

Ces réactions permettent de travailler la décentration culturelle * ou l’ethnorelativisme * pour mieux comprendre la cause de cette émotion, mais aussi la source des malentendus pouvant survenir dans un environnement de travail multiculturel.

Cela permet de créer du sens, construire des ponts et faire des compromis pour pouvoir aller de l’avant et oser le changement.

Décentration culturelle

Capacité à prendre conscience que nos codes culturels, valeurs et croyances peuvent nous aider à rendre visibles nos stéréotypes et préjugés, lesquels conditionnent nos comportements et ceux de nos pairs.

Source : Introduction à la méthode de Margalit Cohen-Emerique

Ethnorelativisme

Capacité à considérer les valeurs et les comportements comme culturels plutôt qu’universels, mettant de l’avant que toutes les cultures sont égales malgré leurs différences.

Source : L’ethnocentrisme en psychologie : exemples, inconvénients et relativisme culturel

Il y a aussi l’approche interculturelle, laquelle se divise en quatre étapes. La première vise à se connaître soi-même, son propre cadre de référence. Plus concrètement, cela permet de déterminer quelles sont nos zones sensibles, les valeurs qui sont très importantes pour nous.

Il s’agit aussi de savoir s’observer et de porter un regard sur la façon dont nous réagissons face à l’altérité, à ce qui est différent et qui se trouve à l’extérieur de notre cadre de référence. Quelles sont les pensées ou émotions que cela suscite ?

La deuxième étape, c’est de faire preuve de curiosité face à l’autre, de souhaiter le rencontrer sans jugement et dans l’hospitalité. La troisième étape, c’est de créer quelque chose de commun, d’être dans la cocréation.

La dernière étape vise à oser transformer les choses, oser le changement. Cela fait partie des grandes stratégies pour minimiser les malentendus dans un contexte multiculturel.