Personnes sourdes et malentendantes en emploi : un potentiel à ne pas sous-estimer

07-01-2026
Thématiques : Gestion de la diversité  -  Article informationnel
La communication avec les collègues, l’intégration sociale et l’accès aux informations échangées de part et d’autre en milieu de travail peuvent constituer de véritables enjeux pour les personnes sourdes s’exprimant en langue des signes (signeures) ou malentendantes.
Karine Dutemple

Karine Dutemple, rédactrice
chez Pratiques RH

Personne sourde parlant en langue des signes parlant lors d’un appel vidéo

Favoriser l’inclusion de cette clientèle en entreprise en lui permettant de développer son plein potentiel est tout à fait possible grâce à quelques conseils et stratégies.

L’interprète en langue des signes : un professionnel favorisant l’inclusion des personnes sourdes

Pour Mélissa Sarrazin-Le Siège, directrice du Centre de la communauté sourde du Montréal Métropolitain, la communication est le plus grand des obstacles pour la personne sourde ou malentendante. « Comme elle ne communique pas par la parole et qu’elle utilise une autre langue, cette personne se retrouve souvent isolée lors d’événements sociaux. »  

Pour contrer cette situation, la spécialiste recommande de faire appel à un.e interprète en langue des signes afin que la personne puisse participer. 

Lors d’une réunion, sa présence permet de transmettre plus efficacement les informations qui sont difficiles à communiquer uniquement par l’intermédiaire d’un compte rendu ou de diapositives, ajoute l’experte.  

Cela est également utile pour fournir des explications concernant une nouvelle procédure, lesquelles sont des informations habituellement plus complexes, poursuit Lucie Nault, directrice du Réseau québécois pour l’inclusion sociale des personnes sourdes et malentendantes

Lorsqu’il y a des portes ouvertes, avoir un.e interprète sur place peut encourager les personnes sourdes à postuler, ajoute-t-elle. « Si c’est le cas, il est important de le mentionner dans les communications pour que les gens concernés puissent signifier leur intérêt et le réserver sur demande. » 

Offrir au personnel une formation pour apprendre les rudiments de la langue des signes peut être une belle façon d’améliorer la communication avec l’employé.e sourd.e signeur.e, tout en tissant des liens avec cette personne, explique-t-elle. Cela permet d’échanger au quotidien, mais aussi de discuter des dossiers en cours et d’être capable de se saluer.  

La communication avec une personne malentendante

Jeanne Choquette, présidente d’Audition Québec, soulève que communiquer à l’oral avec une personne malentendante implique de dépasser certaines idées préconçues. « Les gens pensent souvent qu’il faut crier. Il vaut mieux éviter de le faire, car c’est humiliant et cela crée de la distorsion pour les individus qui utilisent un implant cochléaire. »  

Également, s’assurer que l’individu comprenne qu’on s’adresse à lui avant de commencer à parler peut éviter bien des malentendus, poursuit-elle. Beaucoup de personnes malentendantes ou devenues sourdes utilisent la lecture labiale, le contact visuel est donc primordial pour décoder l’information transmise, souligne Mme Choquette. 

Elles peuvent également utiliser des aides de suppléance à l’audition : téléphones amplifiés, connexions Bluetooth pour cellulaires et microphones amplifiant la voix des interlocuteurs et interlocutrices.  

Quelques conseils pour une réunion accessible

Ouvrir sa caméra en vidéoconférence est essentiel pour que les personnes qui utilisent la lecture labiale puissent comprendre ce qui est dit durant la réunion, met de l’avant Jeanne Choquette. 

Remettre à l’avance les documents et le PowerPoint de la réunion à l’interprète et la personne sourde ou malentendante est une pratique à encourager. Cette dernière peut prendre connaissance des informations importantes qui seront échangées et préparer la rencontre, explique Lucie Nault. 

« Si quelqu’un émet un propos en mouvement lors d’une réunion, la personne malentendante ne pourra pas faire de lecture labiale », poursuit-elle. Il est donc essentiel que l’employé.e puisse voir son interlocuteur ou son interlocutrice. Autrement, l’information communiquée oralement ne lui est pas accessible.  

« Il faut créer un climat où la personne sourde signeure peut demander qu’une information soit répétée ou clarifiée, tout en ne sentant pas l’exaspération des autres », ajoute l’experte. 

Respecter les tours de parole et lever la main pour parler est primordial pour que l’employé.e puisse prendre activement part à la discussion. Faire un récapitulatif entre chaque point peut aussi aider la personne à mieux suivre le déroulement de la réunion, mentionne Mme Choquette.  

À la fin de celle-ci, il est souhaitable de prévoir un temps supplémentaire pour que l’individu puisse avoir accès à l’ensemble des contenus présentés, relève Mélissa Sarrazin-Le Siège. Ce moment est également propice pour remettre un résumé de la rencontre, ajoute l’experte. 

Personnes sourdes et signeures en emploi : des différences à considérer

Quand on ne connaît pas la culture des personnes sourdes, certaines situations peuvent surprendre, explique Mélissa Sarrazin-Le Siège. Cela ne reflète en rien un manque de respect, la façon de s’exprimer est simplement différente de celle mise à l’œuvre dans le monde entendant.  

Par exemple, l’usage du « vous » au moment d’une première prise de contact n’est pas transposé dans la langue des signes, explique-t-elle. C’est une langue qui peut être effectivement très directe. Il faut être sensible à cette différence et ne pas le voir comme un manque de politesse, insiste Lucie Nault. 

« La langue maternelle d’une majorité de la communauté sourde, c’est la langue des signes. Sa syntaxe est différente du français, elle est visuo-spatiale et non pas linéaire, » relève Mme Sarrazin-Le Siège. 

Il peut donc être plus difficile pour une personne sourde de comprendre un texte, ce pourquoi plusieurs personnes vont préférer l’utilisation d’un langage simplifié, précise-t-elle. 

Mme Nault abonde dans le même sens, rappelant que le choix d’un vocabulaire accessible pour la rédaction de textes ou de comptes rendus est un choix avisé. Comme la langue des signes est souvent leur première langue, les personnes sourdes peuvent tirer profit de l’utilisation de certains outils technologiques pour corriger leurs textes. « Cela n’enlève rien aux compétences de la personne », rappelle la spécialiste.  

Des outils et services utiles pour une participation active

La technologie peut être d’une grande aide pour faciliter la communication, relève Jeanne Choquette. Par exemple, le service de relais vidéo permet à un.e interprète en langue des signes d’agir comme intermédiaire lorsqu’une personne sourde signeure parle au téléphone avec un.e collègue entendant.e.  

Cette personne parlera directement avec l’interprète, alors que la personne sourde aura la vidéo de l’interprète sur son téléphone. Ce service est offert par le Service d’interprétation visuelle et tactile (SIVET) et surtout implanté dans le Grand Montréal, précise l’experte. 

Pour sa part, NALscribe est une application permettant de transcrire dans plusieurs langues, dont le français canadien. En réunion, la personne malentendante ou devenue sourde pourrait utiliser cette application sur un IPad. Il existe également Rogervoice, laquelle est une application faisant la transcription en temps réel de ce qui est dit par l’interlocuteur ou l’interlocutrice sur l’écran de cellulaire de la personne malentendante. 

Il est intéressant de savoir que la compagnie Apple vient également d’ajouter la transcription en direct des appels sur les téléphones de marque iPhone.  

Si une formation en ligne est offerte, le sous-titrage doit être disponible, mentionne Mme Choquette. Toutefois, les sous-titres doivent être retouchés professionnellement. « Il peut y avoir des erreurs, surtout s’il s’agit de termes techniques. »  

La visioconférence est un bon outil, car chaque personne est face à la caméra. Cela favorise la lecture labiale pour les personnes malentendantes et celles qui sont devenues sourdes, explique l’experte.  

Des obstacles à considérer

Il faut tenir compte de la fatigue mentale, affirme-t-elle. Décoder ce que les gens disent demande beaucoup d’efforts mentalement. Ce faisant, il est plus difficile de garder en tête ce qui vient d’être dit, puis de réfléchir à la façon de poursuivre la conversation.  

De plus, un individu malentendant ou devenu sourd doit déduire les bouts de conversation mal entendus en fonction du contexte de la discussion.  

La capacité d’écoute d’une personne malentendante peut être altérée si le bruit ambiant est très élevé, rappelle Jeanne Choquette. Pour cette raison, l’employeur doit être prêt à offrir certains accommodements comme la possibilité de travailler dans un bureau fermé ou de faire du télétravail. 

« Il est important de valider si la personne a bien compris. Est-ce qu’elle se sent bien ? Les adaptations mises en place répondent-elles à ses attentes ? »

- Lucie Nault, directrice du Réseau québécois pour l’inclusion sociale des personnes sourdes et malentendantes

Pour Mélissa Sarrazin-Le Siège, tenir compte de cette fatigue mentale, c’est ouvertement prendre le pouls du ressenti de cette personne en lui demandant : est-ce que tu souhaites avoir de nouvelles tâches ou d’autres dossiers ? Lucie Nault ajoute que prévoir des pauses plus régulières peut limiter l’impact de cette fatigue et aider l’employé.e à maintenir sa concentration. 

Si jamais la personne n’exécute pas la tâche comme cela était anticipé, un enjeu de compréhension peut en être la source, poursuit l’experte. Il vaut mieux en discuter avec le.la salarié.e. 

Soutenir le potentiel des personnes sourdes et malentendantes

« Chaque individu a son potentiel et ses besoins. Certaines personnes ont la capacité d’apprendre rapidement et ont une grande confiance en elles, d’autres sont plus vulnérables et ont besoin d’un peu plus de soutien », relève Mélissa Sarazzin-Le Siège. 

Voilà pourquoi il faut demander à la personne quels sont ses besoins et faire preuve d’ouverture face à l’idée d’offrir certains accommodements, insiste Jeanne Choquette. Selon Lucie Nault, des suivis plus réguliers et des évaluations en début de mandat peuvent soutenir l’employé.e dans son apprentissage et éviter que des difficultés persistent.  

« Investir dans le développement des personnes auditives, c’est très payant à long terme. »

- Lucie Nault, directrice du Réseau québécois pour l’inclusion sociale des personnes sourdes et malentendantes (ReQIS)

Pour aider la personne à développer ses compétences et prendre confiance en elle, il peut être intéressant de lui faire suivre des formations comme celles d’Espace OBNL. 

Il faut éviter de voir la personne en bas de l’échelle en raison de son problème d’audition. Elle mérite que son potentiel soit développé au plus haut niveau et a le droit d’aspirer à un poste de leader, insiste-t-elle.  

La valeur ajoutée, au-delà de l’équité

L’inclusion des personnes sourdes et malentendantes en emploi n’est pas seulement une question d’équité. Il s’agit d’ouvrir les yeux devant un potentiel parfois mis de côté et de mettre en place les conditions gagnantes pour que celui-ci puisse être pleinement mis en valeur.