Gestion par les forces : révéler les talents individuels pour la réussite collective

13-03-2025
S’il est naturel pour une personne de choisir un emploi en fonction de ses forces, encore faut-il qu’elle puisse les exploiter pleinement dans le cadre de son travail afin de pouvoir s’épanouir professionnellement.
Rédigé par :
Karine Dutemple, Pratiques RH
Gestion par les forces entreprise

Tout employeur connaît l’importance de miser sur les forces d’un.e salarié.e afin de tirer profit de son plein potentiel au travail.

La gestion par les forces est une approche héritée de la psychologie positive misant sur les talents et points forts des individus. Quels sont les bénéfices qui l’accompagnent et les outils à utiliser pour la mettre à l’œuvre ?

Découvrir les forces : une démarche individuelle et collective

Marc-Antoine Gradito Dubord, professeur en psychologie du travail et des organisations à l’UQAM et chercheur spécialisé en gestion par les forces, est d’avis que la première étape pour favoriser ce type de gestion en entreprise consiste à permettre aux employé.e.s d’évaluer et de découvrir leurs forces avec des questionnaires en ligne ou des outils psychométriques comme l’inventaire des forces de VIA ou le StrengthsFinder 2.0 | EN - Gallup.

Tel que l’explique Sylvie Ménard, coach exécutive et experte-praticienne en psychologie positive, l’inventaire des forces de VIA est un questionnaire qui permet à l’individu d’identifier ses 5 forces principales parmi 24 forces de caractère (appelées aussi les forces signatures).

Il est alors possible d’identifier dans quelles situations celles-ci peuvent être mises à profit et utilisées à leur plein potentiel dans un contexte organisationnel.

Par exemple, une personne qui possède la force de l’amour de l’étude et de l’apprentissage utilisera celle-ci de façon optimale en animant des formations ou bien en acquérant de nouvelles connaissances en participant à des conférences.

Pour sa part, un.e membre de l’équipe dont une des forces est l’intelligence sociale pourra la mettre pleinement en valeur lors de l’intégration de nouvelles personnes dans l’entreprise.

Reconnaître les forces au sein des équipes

L’experte rappelle que cette démarche s’applique à l’ensemble du personnel. « Amener les gestionnaires à mieux se connaître en tant qu’individu et à mieux identifier leurs forces les rendra plus attentif.ve.s à celles des autres », souligne-t-elle.

Quant au chercheur et spécialiste en gestion par les forces, il fait ressortir la nature collaborative que peut prendre la découverte des qualités uniques de chacun.e.

Par exemple, l’application Listen Léon permet aux employé.e.s de pouvoir s’envoyer de la rétroaction anonyme orientée vers les forces.

« La personne rejoint une équipe virtuelle sur une application mobile. Lorsqu’elle remarque un bon coup chez un.e collègue, elle peut lui écrire un court message de 140 caractères. Pour l’envoyer, elle doit annexer une à trois forces. Le ou la collègue concerné.e va recevoir l’information sur son application, ce qui va lui permettre d’obtenir une évaluation de ses propres forces basée sur la rétroaction obtenue », relève-t-il.

Totem, un jeu de cartes en ligne, est un autre exemple d’activité encourageant les employé.e.s à offrir de la rétroaction orientée sur les forces.

« Ce sont des activités que les gens apprécient, qui encouragent l’évaluation des forces, mais aussi une culture de rétroaction positive favorisant la cohésion des équipes », insiste M. Gradito Dubord.

Encourager la corrélation entre les forces et les tâches

Sylvie Ménard relève qu’il est bénéfique de former les gestionnaires à adopter une approche basée sur la mise en valeur et l’utilisation concrète des forces des employé.e.s.

« Dans le plan de développement des ressources humaines, il faut prévoir d’outiller les gestionnaires à travailler avec les forces et à tenir des conversations constructives afin de souligner quotidiennement la force mobilisée derrière une initiative prise ou un travail réalisé », souligne-t-elle.

« C’est davantage qu’une gestion par les forces, il s’agit d’assurer le    fonctionnement optimal de soi et des autres. »

- Sylvie Ménard, coach exécutive et experte-praticienne en psychologie positive

Effectuer un appariement entre les forces des gens et les tâches à réaliser fait partie des stratégies à utiliser pour appliquer la gestion par les forces en entreprise, soutient Jacques Forest, psychologue organisationnel, conseiller en ressources humaines agréé et professeur à l’UQAM.

« Bien qu’il existe des tâches associées aux différents postes, il est possible de permettre aux individus de se prononcer sur l’aspect qui les interpelle le plus au sein de différents projets », souligne Sylvie Ménard.

Par exemple, dans l’article Nos forces et celles des autres : comment en optimiser l’usage au travail ?,  Philippe Dubreuil, Jacques Forest et François Courcy mettent de l’avant l’exemple de Marjorie, une analyste en marketing. Cette dernière aime analyser des bases de données de sondages pour y trouver des informations permettant de mieux répondre aux besoins des consommateurs.  

C’est une force qu’elle peut utiliser dans le cadre de son emploi et qui se traduit par des rapports reflétant son ingéniosité et son efficacité.

« Offrir plus de flexibilité dans la définition des rôles pour que les tâches attribuées s’alignent avec les forces des individus, permettre aux gens de développer certaines compétences alignées avec celles-ci grâce à des formations et leur attribuer un poste leur permettant de les mobiliser sont des exemples d’une gestion valorisant les forces individuelles. »

- Marc-Antoine Gradito Dubord, chercheur spécialisé en gestion par les forces

De surcroît, Marc-Antoine Gradito Dubord évoque aussi « la possibilité d’adapter les objectifs de performance en fonction des forces afin d’encourager le développement des talents uniques de chaque personne ».

Gestion par les forces : quels sont les avantages ?

Parmi les avantages attribués à la gestion par les forces, Jacques Forest met de l’avant l’amélioration de la santé psychologique de la main-d'œuvre et de son efficacité.    

Toutefois, les bienfaits pour l’employé.e ne s’arrêtent pas là. « C’est relié à plus d’émotions positives, de motivation ainsi qu’à une rétention de l’information plus optimale. »

Marc-Antoine Gradito Dubord évoque un autre avantage non négligeable pour les entreprises. « Les individus qui mobilisent leurs forces sont plus heureux.ses au travail et ont moins tendance à quitter leur emploi, ce qui réduit le taux de roulement des organisations. »

« Considérant que les gens veulent travailler au sein d’entreprises qui reconnaissent leurs forces, l’attractivité de ces dernières est augmentée, participant à la consolidation d’une marque employeur positive », met-il en évidence.

Attention à la sous-utilisation et à la surutilisation

Jacques Forest met de l’avant les dérives engendrées par la sous-utilisation ainsi que par la surutilisation des forces.

« Des forces sous-utilisées vont générer de l’ennui, alors qu’une surutilisation peut se transformer en défaut ou susciter de la fatigue. »

Force : Créativité, Ingéniosité et Originalité

Utilisation optimale : encourager son équipe à trouver des solutions originales aux problèmes rencontrés.

Surutilisation : avoir un processus d’idéation parfois désorganisé, lequel peut retarder l’avancement d’un projet.

Optimisation (contextes où la force est utilisée à son avantage) : moments propices à la créativité et à l’innovation avec les membres de l’équipe.

Sous-utilisation : les milieux de travail où la remise en question et la modification des façons de faire sont mal accueillies.

Source : Les forces de caractère du leader : VIA-Gestion : 24 fiches d'interprétation des forces du VIA en contexte de travail | BAnQ numérique

Des retombées tangibles et positives

Le spécialiste en gestion des forces évoque l’expérience du groupe Hilton. Ce dernier a fait usage d’une application similaire à Listen Léon afin d’aider son personnel à identifier ses forces. Une fois cette étape franchie, les membres de l’équipe ont suivi des formations spécifiques afin de les développer.  

À la suite de cette initiative, l’entreprise a mentionné plusieurs retombées positives : une augmentation de près de 70 % des candidatures reçues, un meilleur taux de rétention du personnel, puis un engagement plus soutenu de celui-ci dans l’exercice de ses fonctions.

À l’aide d’une application mobile et de quatre questions clés axées sur les forces mobilisées lors des tâches effectuées, la firme Deloitte a, de son côté, trouvé une façon de mettre davantage celles-ci en valeur lors de l’évaluation de la performance.

Qu’en résulte-t-il concrètement comme bilan pour l’organisation ? Marc-Antoine Gradito Dubord analyse « une baisse du temps consacré aux évaluations ainsi qu’une meilleure satisfaction de la clientèle par rapport aux services de l’entreprise, ce qui témoigne également d’une meilleure performance de l’équipe ».

Améliorer les faiblesses ou miser sur les forces ?

Faut-il consacrer plus d’efforts à pallier les faiblesses ou bien à optimiser le potentiel des forces ?  

Les évaluations de performance ont souvent comme objectif de diminuer l’écart entre un aspect du travail qui pourrait être mieux effectué et le rendement attendu, insiste Jacques Forest.

Toutefois, il suggère qu’améliorer les faiblesses n’est qu’une étape préliminaire pour qu’un individu atteigne son plein potentiel. Pour concrétiser ce but, mettre l’emphase sur ses forces est également indispensable.

« Une entreprise qui réussit bien va donner des moyens pour réduire les déficits lorsque cela nuit à la performance, mais va tout faire pour utiliser les forces le plus possible. »

- Jacques Forest, psychologue organisationnel, conseiller en ressources humaines agréé et professeur à l’UQAM

Sylvie Ménard croit qu’il faut corriger ce qui va moins bien, mais que se limiter à cela peut avoir un effet néfaste. « À force de mettre l’emphase sur ce que l’on ne sait pas, ce qui doit être appris, cela mine la confiance en soi et nous dévitalise. »  

En misant sur leurs forces, les personnes vont avoir davantage d’énergie et de confiance en leur capacité à réussir et à faire face aux défis, explique-t-elle.  

Selon l’experte en psychologie positive, « c’est en identifiant ce qui a permis à l’individu de réussir si bien, qu’on trouve sa zone de performance ».

« Au sein des organisations où l’emphase est surtout mise sur la correction des faiblesses, les salarié.e.s évoquent de l’insatisfaction au niveau de leurs besoins de compétence, d’affiliation et d’autonomie », ajoute Marc-Antoine Gradito Dubord.

Toutefois, le spécialiste précise que l’amélioration de certaines lacunes demeure essentielle pour favoriser l’évolution de leur cheminement professionnel.