Parole d’experte : « La communication non violente, c’est un alignement avec soi-même. »
Karine Dutemple, rédactrice
chez Pratiques RH
Si la solution passe par la communication, encore faut-il savoir s’y prendre de la bonne façon pour en arriver à trouver un terrain d’entente.
Cindy Beaupré, conférencière, coach, consultante et formatrice spécialisée en développement organisationnel, nous présente les bénéfices de la communication non violente.
La communication non violente au service d’une saine collaboration
PRH : Quels sont les principes clés de la communication non violente en milieu de travail ?
Cindy Beaupré : La communication non violente de Marshall Rosenberg repose sur quatre principes clés. Le premier est l’observation des faits sans jugement ou interprétation.
À cette étape, il faut faire très attention à la perception de la situation. La présence de biais peut également constituer un piège et nous empêcher de rester dans la neutralité.
Les principes clés de la communication non violente
- Observer les faits avec neutralité.
- Verbaliser les émotions ressenties en lien avec la situation vécue.
- Exprimer ses besoins.
- Formuler une demande.
Ensuite, il y a l’expression des sentiments. Est-ce que je suis capable de nommer mes émotions ? Cela implique de faire preuve d’intelligence émotionnelle. Il peut être très difficile de nommer nos sentiments, mais il faut aller plus loin que les émotions primaires comme la joie, la colère, la tristesse, la honte et le dégoût.
Puis, il faut exprimer ses besoins. Cela peut être encore plus ardu. Quel est le besoin derrière l’émotion que je ressens ? En dernier lieu, il s’agit de formuler une demande.
PRH : Quelles sont les compétences à mobiliser pour favoriser la réussite de la communication non violente ?
C.B. : Il faut garder en tête que la communication non violente repose sur deux parties, une qui va parler et l’autre qui va écouter. Cela va donc de pair avec l’expression des sentiments ainsi que l’écoute active et empathique.
Il est essentiel de communiquer clairement ses besoins à autrui afin que l’autre personne comprenne. L’autorégulation est un concept extrêmement important, car même si les étapes de la communication non violente sont respectées, un manque d’autorégulation pourrait nuire à une communication ouverte et bienveillante.
Être en mesure de gérer ses émotions est donc indispensable à la réussite de la communication non violente, ce pourquoi il est préférable de les laisser se reposer avant de les exprimer.
La capacité à différencier les faits de l'interprétation que l’on en fait, d'avoir une capacité de jugement par rapport à soi-même et à ses pensées est essentiel pour éviter la généralisation et le jugement.
Cela implique d’avoir une bonne conscience de ses biais cognitifs. Quelles sont mes croyances limitantes ? Quels sont les jugements que je porte pour être capable de m’en éloigner ? Être capable de reformuler est aussi très important, car cela permet de s’assurer d’avoir bien compris.
PRH : Quels sont les obstacles à la mise en œuvre de la communication non violente ?
C.B. : Un.e gestionnaire qui est très directif ou directive et qui soudainement utilise une approche de communication non violente, peut craindre de passer pour quelqu’un de mou.
La perception que chaque individu en a peut naturellement avoir un impact sur sa volonté et sa capacité à l’utiliser. Selon mes perceptions et mes biais, comment est-ce que ce concept peut me nuire ou m’appuyer ?
Une culture organisationnelle basée sur une hiérarchie rigide peut également compliquer sa mise en œuvre, considérant ce mode de gestion moins collaboratif.
En présence d’un fort contrôle de la part de la hiérarchie, la notion de bienveillance peut être moins présente. Il ne faut pas oublier que certains styles de leadership ne vont pas toujours bien s’arrimer avec les principes de la communication non violente.
« Quels sont nos objectifs ? Est-ce que nous accordons beaucoup de place au développement humain ou plutôt à l’atteinte des objectifs financiers ? »
Un environnement de travail où la productivité est hautement valorisée et au sein duquel la charge élevée de travail demande d’exécuter rapidement les tâches peut constituer un frein à sa mise en place. En effet, la communication non violente mise sur l’ouverture à l’échange et lorsque le temps se fait rare, les moments pour discuter le sont aussi.
Le manque de formation est aussi problématique. Les gens doivent être formés sur la communication non violente afin de bien la comprendre et d’être outillés pour l’utiliser.
PRH : Pourriez-vous donner un exemple d’application en milieu de travail ?
C.B. : Prenons le cas d’un.e employé.e qui arrive en retard, alors que cette personne n’a jamais fait cela par le passé. Un.e gestionnaire qui veut intervenir avec la communication non violente va probablement devoir se préparer à cette conversation-là.
Observation factuelle et sans jugement
« Depuis trois semaines, j’ai observé que tu es arrivé après 8h30 à cinq reprises. »
Sentiment
« De mon côté, cela me crée de la préoccupation et un certain stress. »
Besoin
« J’ai besoin de fiabilité dans les horaires afin d’assurer une bonne coordination de l’équipe et le respect des engagements. »
Demande
« Est-ce que nous pourrions discuter ensemble de ce qui expliquerait ces retards et convenir d’un ajustement concret pour respecter l’horaire à l’avenir ? »
Sans la communication non violente, la conversation pourrait prendre une forme plus accusatrice, soulignant le manque de sérieux de l’employé.e en raison de ses absences répétées. Il s’agit d’une attaque, sans pourtant savoir ce qui se passe dans sa vie.
Un des principes clés, c’est de ne pas utiliser le « tu » de façon accusatrice, pour porter un jugement. Il peut être employé, mais pour établir des faits. On voit clairement qu’il s’agit d’exprimer ses besoins, ses émotions et de solliciter la collaboration de l’autre individu dans la résolution de la situation.
PRH : Quels sont les avantages de la communication non violente ?
C.B. : La communication non violente va permettre de favoriser une saine communication, mais aussi d’éviter l’escalade du conflit, la présence de malentendus qui dégénèrent.
Cela permet d’entretenir des relations mutuellement satisfaisantes, mais aussi d’encourager une bonne collaboration entre les gens. On favorise le développement de relations basées sur la confiance, autant avec les collègues qu’avec les supérieur.e.s. Les bienfaits organisationnels sont donc importants, tout comme ceux liés au développement personnel et à l’intelligence émotionnelle.
Également, un sentiment de bien-être s’installe pour la personne qui utilise la communication non violente.
« Les émotions sont nommées et non pas refoulées, les limites et les besoins sont exprimés. C’est un alignement avec soi-même. »
La prévention en matière de risques psychosociaux est également très importante dans les organisations. La communication non violente et les bienfaits qui résultent de son utilisation contribuent à instaurer un climat de travail sain, diminuer le stress des employé.e.s et renforcer le sentiment d’appartenance.
Ce mode de communication est donc clairement un levier pour la réduction des risques psychosociaux au quotidien.
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