Manuel 101 de la santé et mieux-être au travail
Annie Bourque, rédactrice
chez Pratiques RH
Au Québec, les entreprises adoptent des mesures favorisant le mieux-être en entreprise. L’impact est tangible sur la santé et le moral des troupes, mais aussi sur la créativité, l’engagement, la rétention, la diminution de l’absentéisme et bien sûr, l’amélioration du climat organisationnel.
L’une d’elles, la PME Emballages Carrousel organise par exemple un défi qui consiste à réaliser 30 minutes d’activité physique par jour, 5 jours par semaine, pendant 1 mois.
La manufacture établie à Boucherville depuis 1971, incite à la participation de ses 450 employé.e.s en remettant un trophée à l’équipe gagnante ainsi que des prix tirés au hasard. Des conférences portant sur la nutrition, le sommeil et le stress financier sont aussi offerts durant l’année.
Défi no 1 : observer, évaluer et poser le bon diagnostic
Titulaire d’un PhD en santé mentale et spécialisé en bien-être psychologique au travail, Dr Yannick Fouda accompagne des organisations de toute taille afin d’implanter une culture de bien-être au travail.
« Souvent, raconte-t-il, on m’appelle quand le feu est pris. Le ou la dirigeant.e observe un taux de roulement élevé, un stress à la hausse ou encore une augmentation de congés d’arrêt maladie à l’approche d’un échéancier. »
À lire aussi :
Des signes à surveiller
Au quotidien, les gestionnaires RH ou la direction remarquent des signes de fatigue, d’irritabilité et une augmentation d’erreurs au travail. Au cœur des problèmes des organisations :
- surcharge
- tensions non résolues
- conflits
- insécurité
- perte de repères
Face à un tel contexte, les dirigeant.e.s vont spontanément proposer une formation sur le stress ou une activité de team building afin de favoriser la cohésion.
« Dans l’évaluation du diagnostic sur le bien-être au travail (et les risques psychosociaux), il manque un gros morceau. On omet de tenir compte des employé.e.s qui absorbent la souffrance des gens lorsqu’ils sont en interaction avec la clientèle. »
- Dr Yannick Fouda
Les métiers liés au service à la clientèle sont justement en demande, comme l’a récemment fait valoir la firme Randstad.
« Selon les statistiques de la CNESST, ajoute Dr Fouda, ce travail est à risque d’épuisement. Dans une banque, par exemple, la personne accueille souvent des gens vivant des difficultés émotionnelles. L’employeur doit tenir compte de cette charge émotionnelle que d’autres n’ont pas à gérer dans leur métier respectif. »
Gestion des risques psychosociaux : l’obligation des employeurs
Au Québec, en 2026, tous les milieux de travail ont désormais l’obligation d’identifier, d’analyser et de prévenir les risques psychosociaux pouvant avoir un impact sur la santé mentale, l’absentéisme, la productivité ou le roulement de personnel. En complément, la capsule vidéo « Loi 27 — Obligations des employeurs » fait le point sur l’essentiel.
Qu’est-ce qu’un risque psychosocial ?
- Surcharge de travail
- Manque de reconnaissance
- Stress
- Harcèlement
- Violence à caractère sexuel
- Violence (y compris conjugale ou familiale)
- Droit à la déconnexion
- Incivilité
- Manque d’autonomie
Défi no 2 : implanter de saines habitudes qui vont rester
Dans son travail, le Dr Fouda rencontre les dirigeant.e.s, gestionnaires et employé.e.s. Chacun réfléchit à la définition du bien-être au travail. « Pour certains, il s’agit d’être motivé en arrivant le matin et, pour d’autres, d’avoir de bonnes relations avec ses collègues », illustre-t-il.
Selon lui, la création d’une forte culture axée sur la prévention et le mieux-être au travail est l’affaire de tous. « Et non celle d’une seule personne ou seulement de l’équipe de gestion. Le défi est de mobiliser les gens et d’implanter de bonnes habitudes.»
Les équipes d’Emballages Carrousel y parviennent notamment en s’engageant dans le Défi de l’Avent qui se tient en décembre. Chaque jour, les participant.e.s posent des gestes ayant un impact sur la santé mentale : « Je me déconnecte de mes appareils électroniques en soirée » ou encore « Je prends une pause ».
Si la thématique du lundi est « Je bouge », les membres se photographient en train d’accomplir leur activité sportive.
À lire aussi :
D’autres exemples concrets d’activités mieux-être
Formation en santé mentale
Depuis 2022, les gestionnaires de Loto-Québec (plus de 600 au total) suivent une formation obligatoire animée par la Commission de la santé mentale du Canada. Cette formation vise à prendre soin d’eux.elles et propose des outils pour accompagner les équipes en matière de santé mentale.
S’engager dans des événements caritatifs et sportifs
Les équipes de la firme d’ingénierie Stantec participent à des événements tels que le Grand Défi Pierre Lavoie et le 24h Tremblant, et ont remis plus de 150 000 $ en dons à des organismes communautaires au Québec.
Favoriser un environnement de travail sain
La firme de génie-conseil Avizo, fondée en 1992 a investi dans une salle d’entrainement et un jardin communautaire. (Visuel principal)
Stratégie de gestion de stress
Comment soutenir les gestionnaires et équipes qui vivent un stress inhérent au travail ?
« Le stress est normal et peut même permettre d’être performant. Il est impossible de l’éliminer complètement. Toutefois, il est essentiel de bien comprendre à quel type de stress nous sommes confronté.e.s », explique le Dr Fouda, en invitant les organisations à réfléchir à leur stratégie.
Quelques questions clés à se poser :
- Comment chaque personne gère son stress ?
- Comment l’équipe réagit-elle face aux livrables et aux échéanciers ?
- L’organisation a-t-elle une stratégie de gestion du stress intégrée à sa mission ?
21 %
Un peu plus du cinquième de la population québécoise âgée de 18 ans et plus trouvait la plupart des journées assez ou extrêmement stressantes.
Ressources pour les entrepreneurs à bout de souffle
Fondatrice de l’École d’entrepreneurship de Beauce, Nathaly Riverin est bien connue du monde entrepreneurial québécois. En 2022, elle constate l’absence de programmes destinés à soutenir les dirigeant.e.s d’entreprise aux prises avec des enjeux d’épuisement, qu’ils soient liés à la santé mentale ou à la situation financière.
Elle décide de palier ce besoin en créant le programme Persévérance entrepreneuriale. Pendant 12 mois, les dirigeant.e.s d’une PME ou grande organisation reçoivent un accompagnement concret, adapté à leur réalité. Des expert.e.s les soutiennent notamment en cas de difficultés financières, de gestion de l’anxiété ou de perte de motivation.
« À la fin du parcours, on constate que 82 % des participant.e.s n’ont plus d’enjeux financiers et envisagent clairement des solutions », indique Mme Riverin. Elle ajoute entendre des témoignages comme : « j’ai retrouvé le goût de travailler pour mon entreprise ».
À retenir :
Les 3 dimensions de l’épuisement selon l’INRS
- Émotionnel le : la personne se sent vidée et épuisée.
- Cynisme ou dépersonnalisation : vision négative des autres et du travail. Peu sensible au monde environnant et pire, déshumanisation de la relation à l’autre (les usagers, clients, patients, deviennent des objets).
- Sentiment de non-accomplissement : au travail, la personne doute de ses compétences, de son efficacité et éprouve une baisse d’estime de soi.
30 %
des absences au travail sont liées à la santé psychologique au Québec
D’autres ressources mieux-être pour bien démarrer 2026
Quelques ressources utiles à garder sous la main : démarches, outils et pistes concrètes à explorer.
- Se structurer : Certification Bien au travail (SMET) – Cœsion SP
- S’outiller : Tête Première (Shawinigan)
- Tester son sommeil : Haléo – test gratuit
- Récupérer au travail : Recharjme – cabines de sieste en entreprise
- S’autoévaluer : Modèle du continuum de santé mentale (MCSM) – Canada.ca
- Gérer le stress : Programme D Stress – Traumas Côte-Nord
- À l’agenda : Webinaire Arrêt de travail : fuite, protection ou signal d’alarme ? (28 janvier, Dr Fouda)
Et des articles pour aller plus loin :
- Article percutant de ma collègue Élodie Leman sur les conséquences de la dépendance au travail
- 5 conditions gagnantes pour prévenir l’épuisement des gestionnaires
- La solitude au travail : un sujet invisible, mais essentiel
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