Harcèlement, violence, risques psychosociaux : ce que les employeurs doivent savoir
Annie Bourque, rédactrice
chez Pratiques RH
Depuis octobre 2025, la loi 27 oblige toutes les organisations, peu importe leur taille et leur secteur d’activités, à prévenir les risques psychosociaux.
Au Québec, 85 % des entreprises comptent moins de 20 employé.e.s. « Souvent, la même personne gère les ressources humaines, la paie, les opérations et le recrutement, précise Marc-André Pedneault, expert en santé et sécurité au travail au Conseil du patronat, à l’occasion du webinaire de Global Watch portant sur les 10 tendances en santé mentale au travail.
Dans un contexte d’incertitude économique, plusieurs employeurs font leur possible. « Ce n’est pas par manque de volonté, mais plutôt un manque de compréhension, de ressources et d’outils adaptés à la réalité des petites organisations », observe-t-il.
Comprendre les nouvelles obligations
Désormais, les employeurs doivent considérer la santé psychologique au même titre que la santé physique, une notion encore méconnue.
« On demande aux organisations d’intégrer une nouvelle dimension de prévention, moins tangible que les risques physiques traditionnels », ajoute M. Pedneault.
« Il est facile d’identifier un risque de chute ou une machine déficiente, tandis que les risques psychosociaux font référence aux relations interpersonnelles, à l’organisation du travail, à la charge de travail et au soutien organisationnel. »
- Marc-André Pedneault
Quelles sont les obligations liées aux RPS ?
Priorité no 1 : identifier et prendre en charge ces risques, qui, selon la CNESST, comprennent :
- le harcèlement en milieu de travail
la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel
l’exposition à un événement traumatique
Par exemple, les personnes au service à la clientèle peuvent être menacées de mort. De leur côté, le personnel pompier, ambulancier et policier est davantage exposé à des événements potentiellement traumatiques.
Le rôle des employeurs face au harcèlement
Depuis 2004, les employeurs ont l’obligation de prévenir le harcèlement et la violence en milieu de travail. Cela implique notamment d’identifier les comportements à risque et de mettre en place des mesures adaptées.
Harcèlement psychologique : ce qu’il faut savoir
Le harcèlement peut prendre différentes formes, notamment des propos vexatoires, dénigrants, offensants ou diffamatoires.
Par exemple : faire des commentaires ou divulguer des informations personnelles sur l’orientation sexuelle d’un.e collègue sans son consentement.
Il est également interdit de menacer ou d’isoler volontairement quelqu’un. Les équipes doivent refuser la violence verbale, l’intimidation et la cyberintimidation.
Qu’en est-il du harcèlement sexuel ?
La politique des employeurs doit préciser qu’il s’agit de toute forme d’attention ou d’avance non désirée, comme des regards, des contacts physiques, des insultes sexistes, des propos grossiers, des blagues ou des images à connotation sexuelle.
Récemment, un reportage de Radio-Canada (« C’est horrible, mais au moins, elles ont dénoncé ») illustre la recrudescence des plaintes de harcèlement et de violence dans le secteur public.
➚de 13 % En 2023, selon les statistiques rapportées par Radio-Canada, on compte 2 129 déclarations de cas de harcèlement et de violence dans le secteur public, soit une augmentation de 13 % par rapport à l’année précédente.
➚de 10 % En 2023, près de 10 % des cas de harcèlement et de violence sont de nature sexuelle, comparativement à 5,5 % en 2022.
Mesures à mettre en place
Outre la politique visant à contrer le harcèlement et la violence, les experts recommandent :
- une formation en santé mentale et psychologique pour les gestionnaires
- la mise en place d’un code de conduite sur les comportements attendus
À voir et à lire
Le saviez-vous ?
Adoptée le 27 mars 2024, la loi 42 vient renforcer les obligations prévues au Code du travail, notamment celle de maintenir un milieu exempt de harcèlement et de violence à caractère sexuel.
Elle vise à protéger l’ensemble des salariées, peu importe la taille de l’organisation.
Réagir face aux situations à risque
Le nombre de féminicides est en hausse au Québec. Que faire si un.e employé.e est aux prises avec de la violence conjugale ou psychologique ?
Selon la CNESST, un.e dirigeant.e doit obtenir le consentement de l’employé.e avant de contacter une ressource d’aide ou un centre d’hébergement spécialisé. En présence d’un risque sérieux de mort ou de blessures graves, il ou elle doit communiquer avec les autorités policières.
Prenons un exemple tiré de la CNESST. Une jeune femme, Sarah, est harcelée par son ex-conjoint, qui lui envoie des messages de façon abusive et l’attend à la fin de son quart de travail.
Dans une telle situation, l’employeur peut instaurer des mesures pour contrôler l’accès aux lieux. Il peut également encourager Sarah à faire appel aux ressources disponibles. Si la situation s’aggrave, il ou elle doit alerter les autorités.
Bonnes pratiques à mettre en place
- politique interne mise à jour, incluant la violence à caractère sexuel
processus de plainte impartial et documenté
formation annuelle (avec preuves conservées)
Agir en entreprise : par où commencer ?
1. Diagnostic organisationnel : une première étape essentielle
En ce moment, plusieurs employeurs revoient leur politique organisationnelle liée aux RPS, au harcèlement, à la violence et à la déconnexion, observe Marie-Claude Pelletier, fondatrice de Global Watch.
La première étape consiste à prendre le pouls des salarié.e.s. C’est l’une des actions concrétisées en 2024 par l’entreprise minière Gold Fields. « Nous avons d’abord réalisé un diagnostic organisationnel, puis un sondage auprès des employé.e.s », explique Christian Racine, le coordonnateur senior en service santé.
Des groupes de discussion ont ensuite été créés afin d’identifier précisément les risques (définition plus haut dans le texte) et les facteurs psychosociaux.
Qu'est-ce qu'un facteur de risque psychosocial ?
Il s’agit souvent de causes pouvant nuire au bien-être au travail.
- Autonomie décisionnelle : les salarié·e·s ont-ils une marge de manœuvre et peuvent-ils prendre des initiatives ?
Surcharge de travail : les équipes ont-elles l’impression d’être constamment débordées ?
Soutien au travail : les employé.e.s sont-ils soutenus ?
Justice organisationnelle : comment les promotions sont-elles octroyées ?
Reconnaissance : offre-t-on une rétroaction, des encouragements ou des félicitations ?
Le sondage sur ces facteurs est essentiel, selon Jessy Riel, présidente-fondatrice d’Ax Conseil. Leur identification permet d’entreprendre un plan de prévention susceptible de porter ses fruits.
2. Mettre en place un plan d’action structuré
Les informations recueillies permettent ensuite de prioriser un plan d’action. Chez Gold Fields, un groupe de pairs aidants a notamment été formé à l’automne 2025, réunissant des employé.e.s issus de différents niveaux hiérarchiques.
L’entreprise minière avait déjà mis en place une culture de bienveillance axée sur des valeurs comme le respect, la collaboration et la responsabilité.
Petit rappel :
Les organisations de 20 employé.e.s et plus doivent préparer un plan de prévention.
Celles de 19 employé.e.s et moins doivent élaborer un plan d’action, mis à jour annuellement. Ce plan vise à :
- recenser les risques identifiés et en assurer le suivi
prévoir des mesures de prévention
mettre en place des mécanismes de contrôle des risques
informer les travailleur.euse.s des risques présents et des mesures mises en place pour les protéger
À savoir en un coup d'œil
3. Accompagner les organisations
En 2026, Marc-André Pedneault souligne que l’un des principaux enjeux réside dans l’accompagnement des employeurs.
Il est essentiel de les soutenir dans l’adoption de ces nouvelles pratiques et dans le développement d’approches de prévention concrètes. Il s’agit d’un véritable changement de culture.
Rappel important
- former les cadres et les superviseur.euse.s
- désigner un.e responsable interne
mettre en place un mécanisme de signalement confidentiel
Développer des pratiques concrètes en entreprise
Se poser les bonnes questions
Jessy Riel accompagne les organisations en posant notamment les questions suivantes :
- Que pensez-vous de la charge de travail ?
Le climat est-il respectueux ?
La confiance est-elle présente ?
Les décisions sont-elles équitables ?
Autonomie et reconnaissance : des leviers clés
Sur le terrain, elle évalue notamment l’autonomie des salarié.e.s. « C’est un sujet dont on ne parle presque jamais, dit-elle. Pourtant, il s’agit d’un facteur de protection. Les salarié·e·s ont-ils une réelle capacité d’influencer leurs tâches ? »
Parmi les facteurs de protection, la reconnaissance — souvent négligée en entreprise — demeure essentielle. Lors du webinaire de Global Watch, le porte-parole d’Énergir, Alexandre Hubert, a expliqué que 160 personnes ont été formées à la reconnaissance et à ses bénéfices.
« Il s’agit d’un lien social important au travail », souligne-t-il. Cette initiative a eu des effets concrets, notamment sur l’absentéisme et la diminution des congés de maladie.
Attention aux erreurs fréquentes
Dans ses formations, Mme Riel observe que les gestionnaires associent parfois un RPS à un.e employé.e en difficulté. « C’est une erreur, note-t-elle. Plusieurs ont tendance à cibler l’individu plutôt que les causes organisationnelles. »
Certaines erreurs reviennent fréquemment :
- croire qu’une petite organisation ou un OBNL est exempté
se limiter à une politique sans suivi
négliger le registre des plaintes
Des responsabilités partagées
Au fil de la formation, les gestionnaires saisissent mieux les nuances. « Ces nouvelles obligations représentent une occasion d’amélioration pour les employeurs, explique Mme Riel. Les responsabilités sont partagées entre dirigeant.e.s et employé.e.s, avec pour objectif de maintenir un environnement sécuritaire, tant sur le plan physique que psychologique. »
Dans une entrevue à Pratiques RH, l’avocat Georges Samoisette-Fournier rappelle que ces obligations reposent sur trois principes :
- prévoyance : identifier les risques
efficacité : mettre en place des mesures
autorité : instaurer une culture de prévention
Attention aux amendes
Un employeur en défaut s’expose à une amende minimale de 1700 $. En cas d’atteinte à la santé d’un.e travailleur.euse, celle-ci peut atteindre 15 000 $.
Au-delà des obligations, c’est une occasion concrète d’améliorer les milieux de travail.
« Ce dont on est le plus fier, conclut Christian Racine, coordonnateur senior à la santé chez Gold Fields, c’est la collaboration et l’implication des équipes dans les initiatives de santé et de bien-être au travail. Cela fait désormais partie intégrante de la culture organisationnelle. »
Pour aller plus loin
- Risques psychosociaux liés au travail – Harcèlement psychologique ou sexuel
Une série de courtes vidéos de Santé publique Ottawa présente les 13 facteurs qui influencent la santé mentale au travail
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