Parole d’experte : « Le travail en profondeur, la clé d’un quotidien plus épanouissant. »
Karine Dutemple, rédactrice
chez Pratiques RH
Comment renouer avec la concentration dans un monde où les distractions fusent de toutes parts ? Rachel Desbiens-Després, présidente-directrice générale de Canidé, nous explique comment le travail en profondeur repense l’organisation du travail au sein de l’entreprise.
Le travail en profondeur pour repenser l’organisation du travail
PRH : En quoi consiste le travail en profondeur
Rachel Desbiens-Després : Le travail en profondeur, en opposition au travail collaboratif ou en direct, sont des concepts élaborés par Sonia Lupien.
Elle a effectué de la recherche sur le stress et a détaillé ces deux modes de travail : en direct, où on est très sollicité par les messages et notifications et en profondeur, où on choisit de ne pas avoir de distractions.
Le premier mode concerne davantage le télétravail et donc, il touche dans une moins grande mesure l’organisation des activités. Il ne peut durer qu’une heure ou deux, la concentration intense pouvant difficilement se maintenir au-delà de ce laps de temps. Pour sa part, le second est plus avantageux pour le travail collaboratif, en présentiel.
PRH : Comment a-t-il changé la façon de travailler dans votre entreprise ?
R.D.D. : Chez Canidé, nous travaillons 4 jours par semaine. Il n’y a jamais eu de politique rigide de télétravail. Ainsi, certaines personnes viennent au bureau tous les jours, alors que d’autres ne viennent qu’une fois.
On a poussé la réflexion sur l’organisation du travail pour déterminer ce qui serait le plus efficace avec le type de tâche à réaliser, mais aussi pour optimiser notre temps dans le contexte d’une semaine de 4 jours. Cette pratique a évolué à plusieurs reprises chez Canidé.
La première option était celle qui nous paraissait la plus accessible. Il s’agissait de consacrer une heure par jour au travail en profondeur, synchronisée à travers l’équipe. Le lundi, c’était de 13h à 14h et le mardi, de 10h à 11h.
Toute l’équipe était appelée à vraiment se déconnecter, à travailler en solo pour faire avancer des dossiers et des présentations. Nous avons varié les heures de déconnexion par jour, considérant que certaines personnes travaillent mieux le matin, d’autres l’après-midi.
Nous avons fonctionné ainsi pendant environ un an, ce qui allait bien. Toutefois, force était de constater que cette période-là était souvent escamotée ou bien certaines personnes répondaient à leurs courriels, par exemple.
Après cette année, nous avons discuté en équipe de ce sujet. Nous avons décidé de consacrer une journée au travail en profondeur, soit le mercredi. Durant cette journée, nous privilégions également les rencontres de collaboration interne, les séances d’idéation (brainstorm) et l’avancement de projets collectifs.
C’est un moment pour faire avancer nos mandats avec toute la concentration qu’ils méritent d’avoir. Chaque employé.e peut organiser sa journée comme il ou elle le souhaite et prévoir plusieurs séances de travail en profondeur.
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PRH : Quelles sont les retombées en entreprise ?
R.D.D. : C’est certain que le travail en profondeur vient vraiment diminuer le stress. En agence de communication, nous changeons souvent de tâche, de projet et de client. Nous travaillons sur une multitude de demandes. Il en résulte de la fatigue au travail.
Avec le travail en profondeur, il est possible de se concentrer sur une unique tâche et un.e seul.e client.e à la fois. Cela a un effet direct sur la gestion du stress et la fatigue cognitive. Il y a aussi un sentiment agréable d’avoir progressé dans l’exécution de la tâche.
Plutôt que de courir un peu partout, cela permet d’avoir un moment dédié qui est bien organisé et qui nous donne l’opportunité d’accomplir ce qu’on veut accomplir. Ce sont des bouffées d’oxygène.
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Les périodes de travail profond procurent une concentration plus élevée, où les distractions sont moins nombreuses. Donc, il y a certainement un gain en efficacité et en productivité. Sur le plan qualitatif, le chemin pour parvenir à l’objectif visé est beaucoup plus serein.
PRH : Quel est l’impact de cette pratique sur la coopération entre les membres de l’équipe ?
R.D.D. : Le travail en profondeur, c’est plutôt quelque chose qui se fait en solo. Cela se veut un moment sans distraction, où on travaille sur une tâche précise. Il est donc important d'adopter une posture différente pour se consacrer réellement au travail en profondeur.
« La combinaison de plusieurs modes de travail, c’est vraiment la clé pour vivre de manière plus épanouissante notre quotidien au travail. »
Le travail en profondeur doit toujours venir en complémentarité de moments dédiés à la collaboration. L’efficacité des deux vient créer des résultats qui sont d’autant plus bénéfiques.
PRH : Est-ce qu’il y a des obstacles ou des difficultés pour mettre cela en œuvre
R.D.D. : Nous avons expliqué autant aux gestionnaires qu’au reste de l’équipe pourquoi nous voulions instaurer le travail en profondeur. Tout le monde voyait clairement les bénéfices.
Est-ce que cela a été plus difficile à mettre en place pour certaines personnes ? Est-ce que des frustrations par rapport à des plages horaires qui sont moins disponibles se sont manifestées ? Sûrement, mais rien qui n’a créé vraiment de gros obstacles.
Le travail en profondeur constitue une pratique un peu loin de nos réflexes. Il faut donc être discipliné et bousculer nos habitudes, car le naturel revient rapidement au galop.
C’est facile de retomber dans les vieux réflexes, de se laisser distraire par plein de petites tâches, de regarder ses courriels pendant une présentation pour un.e client.e ou bien d’aller voir ses notifications sur Slack. Cela donne un sentiment d’efficacité, mais n’implique pas une réelle réflexion.
Pour profiter pleinement de ce mode d’organisation du travail, il faut s’entraîner et se conditionner mutuellement à respecter certaines règles. Quand quelqu’un suggère d’avoir une réunion le mercredi, on peut rappeler que cela n’est pas possible.
Nous faisons en sorte que les réunions soient refusées automatiquement lorsqu’il s’agit d’une période de travail en profondeur. Il faut tout de même faire preuve de flexibilité lorsque nos agendas sont très remplis. De façon collective, la mise en place du travail en profondeur demande de l’entraînement et un encouragement mutuel entre les membres de l’équipe.
Il est important de faire des tests et de mettre à l’épreuve plusieurs formules. Si quelque chose ne fonctionne pas, on essaie un autre format.
Changer ses habitudes et ses réflexes peut être difficile. C’est un bel exercice, lequel demande de sortir de sa zone de confort et d’être dans l’instantanéité. Il faut se demander : pourquoi devrais-je poser cette question immédiatement ?
Nous avons tendance à nous imposer une pression énorme et à se créer de fausses urgences. C’est aussi ce qu’on souhaite dénouer en instaurant des habitudes de travail en profondeur.
PRH : Le travail en profondeur est-il indissociable du télétravail ?
R.D.D. : Non, je ne crois pas que ce soit le cas. Par le passé, nous avions une petite icône de cerveau qui apparaissait dans notre agenda pour signaler le début de la période de travail en profondeur. On voyait la mention « travail en profondeur », en plus d’un message « ne pas déranger » sur la messagerie instantanée.
Si on travaille en présentiel dans un espace à aire ouverte, tout le monde doit être synchronisé dans l’équipe. On peut aviser ses collègues que notre période de travail en profondeur débute et qu’advenant une notification, la réponse à la question posée sera envoyée à la fin de celle-ci.
Il est possible de mettre en place une routine qui fonctionne bien au sein de l’équipe et qui soit adaptée à la réalité du travail. Que le travail se déroule au bureau ou à distance, je crois que c’est très réaliste. Cela est aussi bénéfique, autant pour le bien-être de l’équipe que pour nos mandats.
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