Développer l’intelligence artificielle en entreprise : entre défis et potentiel à exploiter
Karine Dutemple, rédactrice
chez Pratiques RH
Hugues Foltz, vice-président exécutif de Vooban et Francoys Labonté, directeur-général de Luqia, répondent à ces questions.
L’intelligence artificielle en entreprise
PRH : Pourquoi encourager le développement de l’intelligence artificielle ?
Les entreprises n'ont pas le choix d'intégrer l'intelligence artificielle au risque de mourir, affirme Hugues Foltz, vice-président de Vooban. Elles ne réalisent pas que la productivité de leurs opérations, tous départements confondus, doit désormais passer par elle. Si cette technologie n’est pas intégrée progressivement, la compétitivité même de nos entreprises ne sera pas au rendez-vous.
Pour Françoys Labonté, « l’intelligence artificielle s’intègre maintenant aux processus d’affaires », ce qui traduit une évolution naturelle dans le monde du travail. Il évoque le parcours suivi par d’autres technologies comme la signature électronique, laquelle était autrefois émergente avant de s’intégrer durablement.
PRH : Comment devrait se faire l’apprentissage en entreprise ?
L’apprentissage en entreprise demeure un grand défi, poursuit l’expert. Au fur et à mesure que l’on introduit de nouveaux outils, c’est important de prendre le temps de former les gens. Les modes de formation doivent évoluer et s’adapter aux besoins de la main-d'œuvre, précise-t-il.
Cela prend souvent la forme de présentations, mais c’est également de la formation pratique. Il peut aussi y avoir du mentorat, du coaching. Parfois, celui-ci peut être offert par certain.e.s expert.e.s à l’interne.
« Il faut également se questionner : est-ce que cette technologie amène une valeur ajoutée ou pas ? Engendre-t-elle l’attente d’une performance supérieure ? »
- Françoys Labonté, directeur-général de Luqia
Hugues Foltz est plutôt d’avis que cet apprentissage est intuitif. « Lorsque l’outil d’intelligence artificielle est bien déployé, on peut apprendre à le maîtriser en l’utilisant. C’est le cas avec Chat GPT, Copilot ou n’importe quel autre outil, explique-t-il. »
« Les salarié.e.s n’ont pas à changer leur environnement de travail pour intégrer l'intelligence artificielle. Au contraire, elle s'intègre dans leurs logiciels actuels et sans qu’ils.elles s'en rendent compte. »
L’expert met plutôt de l’avant la nécessité de former les dirigeant.e.s. Ils.elles n’ont pas une connaissance suffisante de ce que l'intelligence artificielle peut faire pour leur organisation.
PRH : Est-ce qu’il y a de la réticence à utiliser l’intelligence artificielle en entreprise ?
Au début, il y a toujours des craintes, comme cela est le cas avec n’importe quelle technologie, met de l’avant M. Foltz.
Certaines personnes peuvent craindre de perdre leur emploi à la suite de l’intégration de l’intelligence artificielle. Toutefois, il est possible de contrer cette situation en leur expliquant que cette technologie ne va pas les remplacer, mais plutôt leur épargner la majorité des tâches ennuyantes. Dans les entreprises où il y a beaucoup de tâches répétitives, c'est assez évident que les outils d’intelligence artificielle peuvent aider, ajoute Françoys Labonté.
Toutes les entreprises qui ont démarré des projets ainsi qu’un parcours d’intégration de l’intelligence artificielle ont constaté que la résistance ne vient pas des salarié.e.s, insiste Hugues Foltz.
Plus souvent qu’autrement, elle se manifeste de la part des gestionnaires et du conseil d’administration. Ce dernier voit dans l’intelligence artificielle un risque et n’est pas toujours prêt à faire les investissements nécessaires pour que les projets prennent forme, suggère M.Foltz.
PRH : Quels sont les bénéfices pour la main-d'œuvre ?
Les employé.e.s vont se transformer, affirme Hugues Foltz. En n’effectuant pas cette transition visant à apprendre et à maîtriser l’intelligence artificielle, leur métier va disparaître. Quand les gens explorent cette technologie, ils comprennent qu’ils sont formés pour les métiers de demain, lesquels sont en train de prendre toute la place.
Au quotidien, l’intelligence artificielle peut grandement simplifier la vie. À titre d’exemple, à la suite d’une rencontre, il est possible de recevoir un résumé exhaustif de celle-ci. De plus, l’employé.e va être capable de remonter dans la vidéo. On peut obtenir un résumé ainsi que les questions posées durant l’entretien.
Advenant une question envers la personne rencontrée, celle-ci peut apparaître dans un courriel automatique personnalisé. Ensuite, il ne suffira qu’à faire une relecture, puis à procéder à l’envoi du courriel. La journée aura été deux fois plus productive.
« Grâce à la performance d’outils d’intelligence artificielle puissants, l’environnement de travail en contexte manufacturier va entraîner moins de contraintes. Comme l’employé.e peut faire plus de choses, une plus grande gratification peut aussi être tirée du travail. »
PRH : Qu’en est-il de l’utilisation de l’intelligence artificielle en recrutement ?
Cela se fait partout. Toutefois, une contre-validation de la part de l’humain est nécessaire, explique l’expert. Il y a des processus en ressources humaines où il faut être prudent.e, mais il est possible de gagner au moins du temps sur les critères de base.
Est-ce que le diplôme est là ? Est-ce que le nombre d'années d'expérience est suffisant ? En faisant un premier tri des candidatures avec l’intelligence artificielle, on gagne énormément de temps. Après ça, le sens critique et l’utilisation éthique sont de notre ressort.
Quelles sont les tâches qu'on peut conserver comme humain en étant encore compétitif dans notre façon de faire ? Je suis entouré de robots, mais mon métier c'est de gérer une compagnie, relève-t-il.
À lire aussi :
PRH : Quels sont les plus gros défis à relever pour favoriser l’intégration en entreprise ?
Le premier défi serait l’intégration des bons outils aux processus d’affaires, constate Françoys Labonté. Cela demande des efforts et une bonne planification afin d’apporter les résultats escomptés.
En amont, il faut aussi bien comprendre les différents types d’outils qui existent et identifier là où ils peuvent vraiment faire une différence.
Bien entendu, il peut y avoir une résistance face au changement au sein du personnel. Il ne faut pas tenir pour acquis que tout le monde sera à l’aise avec cette nouvelle forme de technologie.
M.Labonté insiste sur la nécessité de comprendre les limitations de l’intelligence artificielle, ce qui implique de réviser le contenu fourni et de contrevérifier l’information. Le contraire représente en lui-même un risque pour les entreprises.
« Dans certains milieux où l’intelligence artificielle est utilisée pour appuyer la prise de décision, la question de la prise de responsabilité se pose. » Est-ce qu’elle appartient au développeur ou à la développeuse, aux gens qui ont fourni les données ou à l'utilisateur.trice ?
Il faut aussi garder en tête que dans certains domaines hautement spécialisés comme l’aéronautique, il n’y a pas de place pour l’approximation.
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