Les services de développement professionnel des universités : des alliés de taille pour les entreprises

09-05-2023
Trouver le parfait stagiaire grâce aux services de développement professionnel des universités.
Rédigé par :
Author
Marilyn Bouchain, Pratiques RH
Comment recruter un stagiaire

Bien loin du cliché du ou de la stagiaire chargé.e des photocopies et du café, l’étudiant.e en quête d’expérience en milieu professionnel est devenu le saint Graal des entreprises. Formé.e aux techniques et méthodes de pointe, il.elle représente non seulement une force vive de travail mais aussi bien souvent l’avenir de la compagnie. En prise directe avec les réalités et la façon de penser de ces jeunes, les services de développement professionnel des universités sont la voie royale pour opérer une connexion fructueuse entre les deux parties.

Contenu supplémentaire

Pôles historiques de la création des services de développement professionnel, les universités de Sherbrooke et de Laval gèrent à l’année quelques 5000 stages pour la première et de 2500 stages pour la seconde. Forts d’une expérience personnelle de poids en matière d’intégration des étudiant.e.s au marché du travail, Alain Tremblay, Directeur général du Service des stages à l’Université de Sherbrooke et André Raymond, directeur du Service de développement professionnel de l’université de Laval se livrent, pour Pratiques RH, à un constat panoramique de la situation actuelle, prodiguent leurs conseils avisés aux entreprises et PME et émettent des souhaits quant aux améliorations en matière de soutiens gouvernementaux.

Des universités solidaires

Pouvez-vous nous présenter vos services respectifs et le type de stages que vous proposez ?

Alain Tremblay

À Sherbrooke, notre façon de faire assez unique date de 1966 et se base principalement sur les stages coopératifs, sur un modèle qui a vu le jour aux États-Unis et qui est désormais bien établi au Canada. Nous fonctionnons sur un mode en alternance (succession de sessions d'études et de sessions de stage) et notre accréditation nationale signifie qu’un protocole est à suivre pour le déroulement des stages. Nous sommes le deuxième plus gros service de stage centralisé au Canada après l'Université de Waterloo. Notre équipe multidisciplinaire de 70 personnes est dévolue à des stages qui sont répartis à 90% au Québec et à 10%, ailleurs au Canada ou à l'international.

André Raymond

À l’université de Laval, le service d’accompagnement des étudiant.e.s pour l'intégration au marché du travail et d’aide à la recherche de stages a fusionné avec la direction générale de la formation continue, il y a deux ans. Notre modèle d’affaires est décentralisé. Nous ne gérons donc pas tous les stages mais une bonne majorité.

Nous offrons des programmes coopératifs accrédités, notamment en foresterie, mais ça ne représente pas l'ensemble des programmes. Ce qui n’a aucune incidence sur la qualité des stages. C'est juste que les normes d'application ne sont pas les mêmes. De plus, nous n’avons pas de principe d'alternance. Dans certains programmes, notamment en science et génie, on peut aller jusqu'à cinq stages, essentiellement en été.

Aider les étudiant.es à faire le bon choix

Alain Tremblay. Nos deux universités se sont beaucoup investies pour que le Québec obtienne sa part de financement fédéral. Pour ce faire, un consortium formé de l’Université de Laval, Polytechnique, Concordia, ÉTS et de l’Université de Sherbrooke a effectué un travail de lobbying assez exceptionnel. Sur cette lancée, nous amenons d’autres universités à collaborer avec nous, par exemple, au niveau de la base de données.

Ce qui suppose un nombre de propositions de stages considérable…

Alain Tremblay. Un choix conséquent n’implique pas plus de facilité : les étudiant.e.s sont confronté.e.s à l'inflation, au coût des logements et à d’autres facteurs qui enraillent la mobilité étudiante.

André Raymond. Au-delà de l'augmentation du nombre d'offres, nous avons vu des employeurs beaucoup plus offensifs qui proposaient des stages d’été presque un an à l’avance. Puis, la pression a augmenté d'un cran peu avant la pandémie : des employeurs qui tentaient de débaucher des étudiant.es déjà engagé.e.s auprès d’une entreprise ou insistaient pour leur faire accepter des offres plus rapidement que prévu, notamment en comptabilité. Nous avons dû faire beaucoup d'interventions auprès de cabinets comptables, de firmes d'actuariat, d'assureurs. De même dans les TI, beaucoup d'entreprises se sont mises à organiser des 5 à 7 empiétant sur le temps de travail des étudiant.e.s.

D'autres problématiques se dessinent en lien avec la rareté de la main-d'œuvre comme la charge de travail et les responsabilités imputées au stagiaire. Nous devons parfois intervenir pour rappeler que c’est un.e étudiant.e, qu’il.elle a besoin d’accompagnement, de supervision, que c’est une personne en processus d’apprentissage.

AT. Les entreprises doivent voir les étudiant.e.s comme des travailleur.se.s à part entière. Dans les faits, c’est ce qu’ils.elles sont néanmoins, ils.elles sont en cours de formation : tu ne peux pas leur demander de signer des documents, ni de gérer des équipes de 15 ou 20 personnes. Des services comme celui d’André ou le mien sont, à l’heure actuelle, les filets de sécurité des étudiant.e.s.

AR. Tout à fait ! Ce n’est pas parce qu'il y a plus de stages que notre travail est plus facile. Nous intervenons de plus en plus en cours de stage sur de nouveaux problèmes : la fatigue, l’anxiété, davantage d'enjeux de santé mentale. Notre rôle est plus essentiel que jamais.

Finalement, un glissement des fonctions de vos services s’opère de la prospection vers l'accompagnement et la protection ?

AT. Vous avez raison ! Auparavant, il fallait faire des pieds et des mains pour trouver des stages aux étudiant.e.s. Maintenant, nos efforts consistent surtout à les aider à garder le cap : souvent, les entreprises vont leur offrir des emplois pendant le stage ou des bourses pour qu’ils.elles continuent à travailler durant leurs études. Certaines vont même les encourager à tout quitter.

L’attrait des étudiants pour les PME et OBNL

On comprend qu’il existe des secteurs dans lesquels les entreprises sont plus proactives dans leur recherche de stagiaire : quel type d’entreprise souhaiteriez-vous voir plus souvent s’adresser à vous?

AR. Notre enjeu majeur se situe au niveau des secteurs communautaires. Les OBNL, en particulier les organismes communautaires, rencontrent des difficultés à assurer la relève car ils ne sont pas compétitifs au niveau des salaires. En collaboration avec les associations étudiantes, nous avons convenu d’une entente pour lancer un programme de soutien à l’embauche d’étudiant.e.s par ces organismes.

Dans le cadre de cette entente, la majeure partie des revenus tirés de certaines journées carrières, dont la plus importante d’entre elles, le Carrefour de l’emploi, sont remis au Fonds de soutien à l’emploi de la Fondation de l’Université Laval. Les fonds ainsi recueillis peuvent ensuite être utilisés pour soutenir les étudiant.e.s embauché.e.s par ces organismes.

Mais je pense que plus généralement, en tant que société, nous devrions nous attarder sur ce point et réfléchir à comment aider ces organismes. Que va-t-il rester pour nos PME, pour les OBNL ? Comment vont-ils faire pour recruter ? Bonne question !

AT. Je suis 100% d'accord : le nerf de la guerre est ici. Ces organismes sont essentiels pour le tissu social québécois et pourtant, ils vivent présentement d’énormes difficultés. Les programmes du gouvernement fédéral sont trop homogènes, que ce soit une grande entreprise ou La soupe populaire, la subvention salariale reste la même ce qui n’est pas logique : La soupe populaire devrait bénéficier de 90% du salaire payé !

Du financement pour les étudiants internationaux

AT. Il faut aussi aborder la question des étudiant.e.s internationaux.ale.s. Nos universités sont confrontées à des courbes démographiques de plus en plus basses. Les étudiant.e.s étranger.ère.s viennent combler le déficit. Malheureusement, les subventions fédérales ne s’appliquent pas à leur cas. Il y a là un rôle fantastique à tenir pour la province !

Ils.elles sont mobiles, ont parfois déjà fait 7000, 8000, 9000, 10 000 km pour venir au Québec. Aller faire un stage au Saguenay, en Gaspésie, en Abitibi, ce n'est pour eux.elles ! Y envoyer des stagiaires québécois.e.s, c'est beaucoup plus difficile.

AR. Effectivement, il y a un gros programme fédéral pour le financement des stages pratiques en entreprise auquel ces futur.e.s stagiaires ne sont pas admissibles parce qu’ils ne payent pas d'impôts. Jusqu’à présent, on voulait privilégier les Canadien.ne.s sur le marché du travail. Ça tenait la route dans un contexte de rareté de l’emploi, mais à présent que nous sommes en pleine pénurie de main-d’œuvre, alors que nous cherchons à mettre l'accent sur l'immigration, pourquoi exclure des gens qui sont déjà chez nous et qui parlent français ? Des gens qui, souvent après une première expérience canadienne, manifestent leur intérêt à s'installer ici. Nous devrions leur donner un coup de main.

AT. Je pense que nos services sont très bien placés pour travailler là-dessus avec les décisionnaires grâce à la proximité que nous avons avec le monde du travail et le milieu de l'éducation.

Comment trouver un stagiaire ?

De façon très pragmatique, je suis une entreprise à la recherche de stagiaires : qu'est-ce que je fais ?

AR. Il faut contacter les centres de stage et d'emploi des universités. Nos équipes sont là pour vous accompagner, vous faire découvrir des programmes d'études, peut-être moins connus, mais dans lesquels les compétences dont vous avez besoin sont développées. Nous pouvons donner accès à des bassins de main-d'œuvre atypiques.

AT… Et une chose importante à considérer pour les entreprises qui veulent contourner nos systèmes : c'est une erreur monumentale ! Se priver d’une expérience longue de 60 ans dans le cas du Service des stages de l’Université de Sherbrooke et de 40 ans pour les Services des stages de l'Université Laval n’aidera pas à séduire les étudiant.e.s. Les étudiant.e.s savent très bien que si ça va mal, ils.elles pourront compter sur des conseillers, des services en faisant affaire avec nous.

Il faut que les entreprises comprennent qu’elles ne peuvent plus recruter comme elles le faisaient il y a 10, 20 ans ! Il faut travailler avec nous pour avoir de bons résultats.

Et je dirais aussi qu’une collaboration avec un organisme comme la fédération des chambres de commerce, au travers du programme Accueillez un stagiaire, est importante parce que c'est un réseau d’entreprises qui nous facilite le travail. Chercher à contacter 500 ou 2000 entreprises pour les informer de tout ce qu’on offre, ça devient difficile. La FCCQ nous permet de les rejoindre efficacement.

Faire son stage dans une PME

À la lumière du choix et des ponts d’or offerts aux étudiant.e.s, une PME a-t-elle vraiment ses chances ?

AT. Oui ! Pour nous, c’est évident que nous allons les aider parce que les PME représentent la majorité des employeurs au Québec. Elles sont donc au cœur de nos préoccupations. Une PME a même tout intérêt à venir travailler avec nous. Beaucoup d'étudiant.e.s veulent travailler pour des petites organisations. On a tort de penser que les étudiant.e.s ne visent que les grosses entreprises.

AR. Je dirais même que les étudiant.e.s ont des préjugés favorables pour des milieux de stage où il leur est possible de faire la différence. Si tu vas travailler pour une multinationale de 150000 employé.e.s, tu ne feras pas la différence comme dans une PME de 15 employé.e.s où tu vas parler au patron, peut-être l’influencer. Les étudiant.e.s adorent ça ! En revanche, ils.elles n’iront pas travailler pour 12 pièces de l'heure alors que la grande entreprise va offrir 45 pièces de l'heure : ils.elles savent aussi compter ! C'est là que les programmes d'aide financière devraient être, à mon avis, rééquilibrés.

Les crédits d'impôt disponibles actuellement font que leur embauche au Québec n’est pas si dispendieuse. En allant chercher 50% du salaire en subvention salariale auquel s’ajoute un crédit d'impôt de 30%, l’employeur paie en réalité moins de 40% du salaire du ou de la stagiaire. C'est quoi 40% ? Et pourtant, pour une PME ou pour un organisme communautaire, c'est une somme tandis que pour une multinationale, ça n’est quasiment rien.

Comme nous le mentionnions tous les deux, travailler pour les PME, le communautaire, faire la différence pour l'environnement, par exemple, c’est important pour les étudiant.e.s. Nos programmes en environnement et développement durable ont énormément de succès et les PME sont très proactives dans ce domaine.

Quels conseils donneriez-vous aux PME pour approcher au mieux les étudiant.e.s ?

André Raymond. Tout d’abord, contactez les centres de carrière des universités, parlez à nos conseillers, écoutez ce que nous avons à dire parce que nous avons le même intérêt. Nous cherchons le match gagnant entre les entreprises et les étudiant.e.s, une intégration sur le marché du travail réussie pour tous.

Alain Tremblay. Je dirais : faites rêver les étudiant.e.s ! Montrez-leur qu’ils vont faire une grande différence chez vous ! Être une PME n’empêche pas d’avoir des projets dans le monde entier et il y a de multiples possibilités. Les gens qui y travaillent croient en l’avenir de la province. Ce sont les PME qui ont formé le Québec et c’est grâce à elles que le Québec s'épanouira. Travaillons ensemble et nous obtiendrons de beaux succès !