Minerai de fer Québec, bâtir de façon durable une culture de santé et sécurité

03-02-2022
Le 12 janvier dernier, l’équipe de Pratiques RH a eu le privilège de s’entretenir avec trois représentants de l’entreprise Minerai de fer Québec (MFQ). Madame Noémie Prégent-Charlebois, chef des affaires publiques. Monsieur Éric Marcotte, directeur environnement santé et sécurité, ainsi que Monsieur Joël Crépeau, surintendant, projets et innovations.
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l'équipe Pratiques RH
Pratiques RH, santé, sécurité, laboratoire, Québec, SST

Minerai de Fer Québec avait récemment retenu l’attention de l’équipe de Pratiques RH en se distinguant comme finaliste au dernier gala des Mercuriades. Ils y ont présenté une initiative inspirante, soit de mettre sur pied un laboratoire médical en milieu minier, afin de prendre en charge les dépistages de cas de COVID-19 sur place. 

Pour débuter, pourriez-vous nous décrire la mission et la vision de l’entreprise, la structure, votre réalité économique ainsi que votre clientèle principale?

MFQ est une filiale de Champion Iron. C’est une entité 100% québécoise, dirigée par des gens d’ici, qui opère une mine dans le secteur de Fermont, plus précisément au Lac Bloom. La mission de l’entreprise est de produire un concentré de fer de qualité supérieure, de façon moins émissive, pour contribuer à la décarbonation de l’industrie de l’acier tout en créant d’importantes retombées économiques au Québec, particulièrement sur la Côte-Nord.

La haute teneur (66,2 % Fe) et la grande qualité du concentré de fer produit au Lac Bloom permettent de contribuer à la lutte contre les changements climatiques. Ses propriétés exceptionnelles permettent aux aciéristes de réduire la quantité d’énergie, notamment l’usage du charbon, dans le cadre de la fabrication de l’acier, et de réduire les émissions de carbone dans les processus sidérurgiques.

Le concentré de fer du Lac Bloom est aussi produit avec l’une des plus faibles intensité carbone grâce à l’hydroélectricité, un atout de taille pour MFQ.  

L'entreprise a repris les actifs de la mine du Lac-Bloom en 2018. Nous sommes encore une jeune compagnie en pleine croissance de souligner fièrement, madame Prégent-Charlebois. La demande pour le concentré de fer de qualité mondial est en hausse et nos clients, qui sont principalement des aciéries qui sont situées au Japon, en Inde en Europe en Corée et au Moyen-Orient.  

Nous sommes en train de finaliser l’expansion de la Phase II de notre site minier qui nous permettra bientôt de doubler notre production de concentré de fer de haute pureté. Nous produisons actuellement 7.4 millions de tonnes de concentré de fer de haute pureté annuellement. Nous serons en mesure d’en produire 15 millions de tonnes bientôt! Nous sommes également dans une  position financière solide, ce qui nous permet de mettre l’accent sur différentes opportunités de croissance, d’ajouter Madame Prégent-Charlebois.

Nous avons un projet qui vise à augmenter le pourcentage de pureté de notre concentré de fer en le faisant passer de 66.2% à 69% qui pourrait éventuellement ouvrir la porte à des projets additionnels de transformation dans la région et c’est tout le Québec en entier qui en bénéficiera!

Rien de ceci ne serait toutefois possible sans l’engagement indéfectible de nos employés, au nombre de 859 actuellement. Mais bientôt, avec la mise en place de la Phase II, ce nombre devrait passer à 1000 employés.

Monsieur Crépeau ajoute lorsque l’on parle des employés, que les travailleurs de la mine ont une réalité bien différente des travailleurs d’usine ou de bureaux. Il nous explique la réalité de ce que l’on appelle dans le jargon, le flyin/flyout! Cela consiste à transporter en avion nos employés qui viennent ici pour travailler règles générales 14 jours consécutifs. Lorsqu’ils sont ici, nos travailleurs sont logés et nourris. Ensuite, au terme des 14 jours, ils retournent chez eux, toujours par avion, pour une période de 14 jour consécutive également. C’est la réalité du 14-14 précise-t-il. Une réalité souvent propre au milieu minier, vu le contexte de la réalité géographique passablement éloigné des grands centres urbains qui permet difficilement les allers-retours nombreux.

Depuis votre arrivée en 2018 à la mine du lac Bloom, vous avez établi une stratégie de développement durable. Pourriez-vous nous en dire plus sur le sujet?

Au cœur de nos préoccupations depuis notre implantation en 2018, figure sans contredit la notion de développement durable. Nous souhaitons que tous nos projets aient un impact positif sur notre milieu et nos partenaires. Nous avons établi des liens de confiance étroits avec les communautés innues , de préciser Monsieur Marcotte. Elles sont engagées à fond dans le développement et sont consultés sur chacun des projets de la mine. Nous les soutenons aussi à développer leur côté entrepreneurs. C’est vraiment une collaboration exemplaire.

Madame Prégent-Charlebois nous explique que Minerai de fer Québec fait de la protection de l’environnement une priorité et travaille chaque jour à trouver des solutions innovantes pour continuer de réduire l’empreinte environnementale de ses activités.

Cela s’articule principalement autour de 3 axes :

  1. Les rejets atmosphériques. Depuis 2018, nous nous sommes concentrés à électrifier le plus possible nos processus de fabrication, et cela à contribuer à diminuer de près de 40% nos émissions de gaz à effet de serre (GES);
  2. On fait aussi plusieurs efforts pour réduire notre consommation d’eau et préserver les zones naturelles avoisinantes. Au site minier du Lac Bloom, un système de 50 bassins collecteurs récolte l’eau de la fonte des neiges printanières et l’eau de pluie. Ces bassins collecteurs approvisionnent la mine en eaux qui sont utilisées dans les procédés pour être ensuite traitées et réutilisées. Les eaux utilisées au Lac Bloom ne contiennent aucun produit chimique;
  3. L’amélioration des écosystèmes et de la biodiversité locale.  Depuis notre arrivée, nous avons effectué plusieurs travaux afin d’améliorer les habitats naturels proches du site. 95 hectares de territoires ont aussi été revitalisés depuis 2018, d’ajouter Monsieur Marcotte. C’est bien simple, notre objectif est de revitaliser l’ensemble du site d’ici la fin de notre plan minier.

Monsieur Crépeau mentionne, quant à lui, qu’il sent l’élément humain au cœur de chacune des démarches et des projets initiés par MFQ. On sent dans la prise de décision la volonté d’être là pour longtemps. D’ailleurs, dans l’implantation du laboratoire médical, c’est exactement l’objectif qui était visé. L’aspect humain et le fait d’aider la communauté locale. À cet effet, avec la récente recrudescence de la crise du Covid-19 en lien avec l’apparition du variant omicron, nous envoyons des ressources à Sept-Îles et à Uashat mak Mani-utenamafin afin d’aider et soutenir nos partenaires locaux à lutter contre la propagation du virus.

L’un de votre plus grand défi consiste à élaborer une culture de santé et sécurité du travail. Pourriez-vous nous parler de la stratégie et des moyens que vous avez mis en place afin de relever ce défi?

Monsieur Marcotte nous explique d’entrée de jeu que l’entreprise s’est doté d’un plan de santé-sécurité du travail par étape qui s’échelonne sur environ 5 ans.

La première étape est celle de la phase de fondation. Un peu à l’image de la construction d’une maison, il faut s’assurer que le solage soit solide afin que tout le reste tienne bien solidement. C’est une phase de conformité règlementaire. L’important est d’abord de s’assurer que nous respectons les lois et les règlements applicables dans notre secteur d’activité.

La seconde étape consiste à implanter une approche basée sur la gestion des risques et l’application des mesures préventives qui en découle. C’est crucial.  Il s’agit d’identifier clairement quels sont nos risques, de le prioriser et d’appliquer le plus rapidement possible les mesures correctives pour les éliminer ou les contrôler. Également, d’ajouter Monsieur Marcotte, nous avons aussi une approche de tolérance zéro pour les risques qui peuvent potentiellement causer un décès ou des blessures graves. Nous devons en tant qu’entreprise prendre tous les moyens nécessaires pour réduire les risques. Tolérance zéro sur des comportements individuels déviants, mais aussi tolérance zéro sur nos propres comportements organisationnels qui permettent cette déviance (tolérance, suivi inadéquat).

La troisième étape de notre plan est toute l’approche basée sur les comportements, autant ceux du côté des employés que de l’organisation. C’est notre façon d’appliquer graduellement une culture de santé-sécurité du travail auprès de nos employés.

Le tout est soutenu par une culture de communication transparente et efficace. Les employés le sentent et sont motivés à s’y investir. Le syndicat est une partie prenante de premier plan. Ils sont très impliqués à toutes les étapes. Le syndicat est notre partenaire et nous aide grandement dans l’implantation de notre culture de santé et sécurité du travail de renchérir, Monsieur Marcotte.

Afin de soutenir la promotion de notre culture sur une base quotidienne, nous avons également mis sur pied un système de reconnaissance des bons coups afin d’encourager les initiatives des employés en matière de santé et sécurité du travail. Les bons coups des employés sont diffusés par courriel ainsi que dans certaines capsules vidéo. La santé sécurité c’est tout d’abord positif et préventif!

Chaque matin, lors de pré-quart, le premier point abordé est celui de la santé et sécurité. Nous revenons sur les événements de la veille et planifions les travaux à risque de la journée et en profitons aussi pour renforcer nos messages de santé sécurité, d’expliquer Monsieur Marcotte.

Monsieur Marcotte poursuit en nous expliquant que sur leurs installations il n’y a pas de couleur de chapeau. Tous les casques sont blancs. Ce n’est pas une culture hiérarchique que nous voulons implanter, mais une culture d’engagement de tous envers la santé et la sécurité du travail!

Monsieur Crépeau ajoute de son côté que lorsque la première vague de la pandémie a frappé, une cellule de crise fut mise en place rapidement et lors des rencontres virtuelles, figurait autour de la table, des directeurs, des représentants syndicaux, des représentants a la prévention et des gestionnaires. Tout le monde était animé par le même désir; assurer la continuité des opérations en sécurité.

Le grand défi de l’année 2020 en matière de santé et de sécurité du travail a été de faire face à la pandémie mondiale de la COVID-19. Pour ce faire, il vous est apparu indispensable de mettre en place un laboratoire médical sur votre site du Lac Bloom. Parlez-nous de ce projet, de son implantation, de son déploiement et de son impact?

Dès le départ, comme nous étions considérés comme un service essentiel par le gouvernement et étant dans un site plutôt hermétique, nous devions prendre tous les moyens afin de protéger nos employés et la communauté. Nous avons trouvé un fournisseur de tests à Montréal. Tous nos employés qui arrivaient sur le site et qui présentaient des symptômes étaient testés systématiquement, et ensuite mis en isolement pour une période de 24 ou 48 heures, le temps de recevoir les tests qui étaient expédiés à Montréal pour y être analysés.

Quand nous avons pris la décision d’aller de l’avant avec le projet de laboratoire, il nous a fallu quand même plusieurs mois avant que le tout soit opérationnel. Nous nous sommes adjoint un partenaire pour opérer le laboratoire, la firme Sirius Medx, afin de bénéficier de leur expertise scientifique. Et il nous fallait aussi faire les démarches pour obtenir la certification auprès de la santé publique québécoise afin d’être reconnu et de pouvoir acheminer nos résultats d’analyse directement. Finalement, le laboratoire a été opérationnel en octobre 2020. Pour l’anecdote, d’ajouter Monsieur Crépeau, nous avons commencé à discuter de la possibilité de démanteler les activités du laboratoire à l’automne 2021, soit juste avant l’arrivée du variant omicron au moment où les statistiques et les messages gouvernementaux nous laisser présager la fin de la crise. Disons simplement que nous nous félicitons encore d’avoir été prudents et patients! L’implantation du laboratoire a eu aussi un impact positif auprès des employés qui constatent le sérieux de l’organisation en ce qui concerne la prise en charge de la santé et sécurité. Nous collaborons aussi régulièrement avec le centre de santé publique de Fermont et les aidons lorsque nécessaire, ce qui est très pratique.

Ce projet de laboratoire de microbiologie pour les fins de dépistage nous facilite la vie et nous permet de tester tous les employés à leur arrivée sur le site et d’avoir les résultats très rapidement. Cela nous a permis de continuer à opérer le site en toute sécurité en évitant des éclosions qui auraient eu un impact très négatif notamment sur le moral de l’ensemble des employés vu le tissu assez serré de notre communauté.

À ce jour, nous nous félicitons encore d’avoir pris cette décision et de rapidement avoir mis sur pied, en l’espace de quelques mois, et en pleine pandémie un tel projet. Nous sommes l’un des seuls sites miniers à avoir un laboratoire médical de microbiologie opérationnel, de compléter Monsieur Crépeau.

Avez-vous d’autres projets en santé et sécurité du travail à implanter à court et moyen terme?

En matière de santé et de sécurité, notre grand défi pour les prochaines années sera sans contredit de continuer à faire vivre notre culture de santé-sécurité à travers le déploiement de la Phase II. Nous nous apprêtons à mettre en opération une deuxième usine de concassage du concentré de minerai de fer sur le site, ce qui nous conduira à doubler notre production et conséquemment, à augmenter considérablement le nombre de nos employés. Vous comprendrez que gérer l’intégration de centaines de nouveaux employés en très peu de temps représente un défi colossal pour notre organisation. Nous devrons mettre l’emphase à ce que l’intégration de nos nouveaux employés à notre culture d’entreprise basée sur la santé et sécurité soit réussie et harmonieuse, d’expliquer Monsieur Marcotte.

En terminant, auriez-vous un conseil à offrir à d’autres entreprises qui hésitent encore à s’invertir dans un programme/projet visant la santé-sécurité du travail?

Spontanément, Monsieur Crépeau fait référence au bénéfice énorme de pouvoir compter sur des employés engagés. Bien qu’il soit très difficile de chiffrer cet engagement, nous pouvons tout de même affirmer que cela fait toute la différence du monde. Chez MFQ, nous comptons sur des employés engagés. Pourquoi? Probablement parce que ceux-ci réalisent l’importance que nous accordons à la santé et à la sécurité du travail. Notre plan de santé et sécurité pour établir une véritable culture est en marche et progresse bien. Le syndicat et les employés sont consultés et considérés, le projet de laboratoire médical est venu renforcer le message. Bref, je crois sincèrement que cela fait la différence.

En sommes, le seul conseil que nous offrons, basé sur notre propre expérience, est qu’un investissement dans la santé et sécurité du travail contribue à mobiliser et à engager les employés dans l’atteinte de nos objectifs. Et cela, ça n’a pas de prix, de conclure Monsieur Marcotte.