6 façons de se démarquer en tant que gestionnaire

23-11-2022
En ascension dans leur carrière, des hommes ou des femmes accèdent à un poste de gestionnaire, parfois sans aucune formation. Comment apprivoiser ce rôle et se distinguer auprès des troupes ? Deux expert.e.s en ressources humaines, Annie Cloutier et Jean-François Bertholet nous livrent leurs conseils.
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Annie Bourque, Pratiques RH
Comment devenir un bon gestionnaire

Souvent, la personne gestionnaire est talentueuse dans son domaine. « Son succès, auparavant, est lié à son métier d’ingénieur.e, de mécanicien.ne. Aujourd’hui, sa réussite dépend de la qualité des relations et comment le gestionnaire inspire l’équipe », observe Annie Cloutier, associée principale, développement organisationnel chez Harieka Groupe Conseil.

Diriger une équipe : un rôle exigeant et versatile 

« À notre époque, c’est souffrant d’être gestionnaire : on demande d’être acrobate, agile, de faire preuve d’intelligence émotionnelle, d’être à l’écoute, c’est infini et pratiquement impossible », observe Jean-François Bertholet, consultant, conférencier, enseignant universitaire à HEC Montréal, chercheur et auteur.

Conférencier au congrès de l’Ordre des CRHA, M. Bertholet compare ce rôle à celui de jardinier. « Son travail, dit-il, c’est de semer les bonnes choses avec patience, humilité. Puis, de faire confiance et de lâcher prise. » 

Un.e gestionnaire tout comme la personne qui sème des graines dans un jardin peut aussi être « faillible ». À l’occasion, elle peut commettre des bévues. « Les gens pardonnent au jardinier parce qu’il a l’humilité de reconnaître ses erreurs », précise-t-il. 

De plus, en tant que responsable d’une équipe, il faut éviter de tout prendre sur ses épaules. M. Bertholet suggère de garder en tête cette maxime: « je n’ai peut-être pas toutes solutions, mais j’ai confiance qu’ensemble on puisse trouver des réponses. » 

1. Les pièges qui guettent un.e leader d’équipe 

Au quotidien, un.e leader d’une équipe veut inspirer, motiver et faire une différence. Tout cela en privilégiant les valeurs, la culture et les stratégies de l’entreprise. Un danger, selon M. Bertholet. « Si les gens suivent à la perfection tout ce que l’on demande, on n’aura pas de succès. Personne ne va se démarquer. »

Car, en affaires, il est très difficile de tout prévoir. « Aujourd’hui, si on veut être agile et que nos clients fassent wow, il faut se distinguer en créant quelque chose d’unique. C’est pourquoi, les gens doivent trouvent leurs propres solutions », fait valoir le conférencier de renom qui était de passage en France, au moment de notre entrevue. 

L’ingrédient essentiel : un environnement sain

Les bons jardiniers savent que les meilleurs éléments poussent dans une terre riche et fertile. Même chose pour les employé.e.s qui bénéficient d’un environnement sain, allié à de bonnes conditions de travail. « Les gens auront le goût de faire les bonnes choses : d’aider les clients, de s’informer pour aller plus loin. Vous savez, l’engagement ne se décrète pas », croit M. Bertholet. 

2. Privilégier la confiance au détriment du contrôle 

En mode hybride et en cette période de « quiet quitting » – expression qui signifie répondre aux attentes exigées au travail, sans en faire plus –il faut donc créer un climat de confiance. Cela demande une forme d’abandon et de contrôle de la part du responsable d’une équipe. De là, l’importance de faire confiance. 

Toutefois, si certain.e.s membres ne font pas leur part, l’équipe s’attend à ce que le gestionnaire s’en occupe. En réalité, son rôle est d'assurer la cohésion collective. « Tu fais confiance à moins d’avis contraire, ajoute l’enseignant à HEC Montréal. Attention à la tendance au micro-management et de tout contrôler. À la place, il faut instaurer des mécanismes de suivi et de coordination. » 

En 2022, gérer une équipe représente tout un défi. « C’est un travail de soutien, ajoute M. Bertholet. Aujourd’hui, le leadership moderne, c’est d’être au service des membres de son équipe. » 

3. Valoriser les membres de son équipe 

Un.e leader d’équipe s’assure que chacun.e exploite son plein potentiel au quotidien. « À la blague, le gestionnaire peut dire : j’ai de fortes attentes envers vous, parce que je sais que vous êtes bon », fait valoir Jean-François Bertholet. 

Autrement dit, son travail est de diriger son équipe avec bienveillance et il tient compte de l’évolution de chacun.e, ainsi que de ses forces et faiblesses.

Cela signifie aussi s’adapter à la différence des personnalités. Certain.e.s sont calmes, d’autres énervé.e.s. « Au lieu de rendre tout le monde gris, dit-il, c’est d’aller chercher les palettes de couleur et de faire briller tout le monde. La force d’un.e gestionnaire, c’est d’aller chercher la vibration intérieure de chacun.e afin de s’élever vers le haut. » 

Souvent, un patron.ne ou être humain aura tendance à voir que le mauvais côté d’une personne. Y est toujours impatient et X, est continuellement en retard. « Le danger, c’est de mettre l’accent sur les défauts à corriger. Cela peut être très démotivant, croit Jean-François Bertholet. Aujourd’hui, on parle d’autocompassion : il faut éviter de figer les gens dans leurs défauts car ils finissent par douter d’eux à force de vouloir corriger leurs faiblesses.» 

À découvrir

4. Pour ou contre une relation amicale avec son employé.e ? 

En 2020, une amie journaliste est devenue du jour au lendemain gestionnaire d’une équipe. « J’ai toujours peur d’être trop « amie » avec mon personnel », me confie-t-elle. 

Il faut tendre vers un juste équilibre, selon les spécialistes. « La personne doit être à l’écoute tout en étant capable de bâtir des liens et de jouer son rôle », affirme de son côté, Annie Cloutier, associée principale, développement organisationnel chez Harieka Groupe Conseil. 

-Toutefois, puis-je être proche de mes employé.e.s?, lui demande-t-on souvent.  

Mme Cloutier répond dans l’affirmative. « Les gestionnaires peuvent luncher avec un.e employé.e ou même être proche en autant que cela ne causera pas de frein advenant une conversation difficile. » 

« Il ne faut surtout pas qu’une relation de proximité empêche de parler de quelque chose qui ne va pas ou pire, de prendre une décision pour le bien de l’équipe », estime la spécialiste du développement organisationnel. 

Évidemment, est-il bon de préciser qu’un.e bon.ne gestionnaire évitera de favoriser une personne en particulier. « Il faut viser une proximité équitable dans l’équipe et éviter à tout prix les chouchous », préconise Mme Cloutier. 

5. Inventer sa propre recette en matière de management 

Au fait, comment se démarquer comme gestionnaire ? « Vous savez, il n’existe pas de modèle, croit Annie Cloutier. En fait, il faut être capable de faire une bonne lecture de son personnel et d’adapter sa gestion en fonction des gens et de l’environnement.»

Parmi les membres de l’équipe, on retrouve des personnes hyper autonomes. «Leur motivation sera en fonction des défis, ajoute la spécialiste. D’autres, plus jeunes ont besoin de plus d’encadrement, de développement, d’un coach, quoi. Il faut alors prendre plus de temps pour les supporter. » 

« Chaque équipe est différente, évalue Mme Cloutier. Si comme gestionnaire, je veux utiliser une seule recette, je vais me tromper. Mon premier souci c’est de me demander : qui fait partie de mon équipe ? Quelles sont leurs attentes ? Ont-ils besoin d’encadrement, de direction et quand veulent-ils me rencontrer? Il est important de parler à son équipe. » 

6. Outils de formation pour mieux performer 

Dans la plupart des organisations, admet Annie Cloutier, plusieurs gestionnaires sont laissé.e.s à eux-mêmes. Sa responsabilité première est de s’outiller et de s’enquérir de formations.  

Le personnel se fie souvent à l’employeur pour la gestion de son temps, octroi de formation et développement organisationnel. « Si on devient gestionnaire, ajoute-t-elle, on n’attend pas après notre organisation pour se perfectionner.» 

Mme Cloutier suggère d’effectuer un travail d’introspection. « Prenez conscience de vos lacunes : Est-ce la gestion d’employé.e.s difficiles? La rétention, la mobilisation ? Plusieurs formations sont disponibles sur le marché. »

Finalement, comment se comporter avec l’employé roi, en pleine rareté de la main-d’œuvre? 

Annie Cloutier indique que le gestionnaire doit agir avec bienveillance et courage. « Je suggère de mettre un peu de pression afin que l’employé.e sorte de sa zone de confort, mais sans le placer en situation de stress. En donnant des défis intéressants, vos collaborateurs.trices ressentiront un sentiment de réalisation, d’accomplissement. » 

Un succès qui rejaillira sur tous les membres de l’équipe.