S'enrichir grâce à l'inclusion et à la diversité de stagiaires

05-11-2021
En ville comme en région, les entreprises sont fières et satisfaites de l’embauche de stagiaires issus de groupes sous-représentés et y perçoivent les nombreux avantages de les accueillir au sein de leur entreprise.
Rédigé par :
Annie Bourque | Pratiques RH
Stagiaire, groupe sous-représenté

Pourquoi se tourner vers l’embauche de stagiaire issus de groupes sous-représentés ?

1. Enrichissement du capital humain de l’entreprise
2. Stimuler la créativité, performance et innovation
3. Attirer de nouveaux consommateurs 
4. Des employés reconnaissants, fidèles et loyaux

Leur présence ajoute de nouvelles idées, mais aussi un point de vue différent. Cela permet de diminuer le phénomène de la pensée de groupe. Autrement dit, l’équipe pense la même chose et ne remet pas en cause le travail effectué. 

Contenu supplémentaire

Qui sont les stagiaires issus de groupes sous-représentés ? 

•    Femmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM)
•    Personnes handicapées
•    Minorités visibles
•    Autochtones
•    Immigrants
•    Étudiants de première année 

Découvrez plus en détails les bénéfices de l’accueil de stagiaires issus de groupes sous-représentés à travers l’expérience d’autres employeurs. 

Provoquer les discussions 

La firme d’ingénierie mondiale Stantec, présente dans 15 localités au Québec, a embauché cette année 43 stagiaires, dont une proportion de 35 % de femmes et 15 %, de minorités visibles. 

« On recrute les meilleurs candidats sans faire de différence quant à la nationalité, le genre, la couleur ou le handicap », explique Helen Caumartin, directrice, Acquisition de talents de l’entreprise, qui compte 1500 employés au Québec. 

Après leur stage, plusieurs trouvent un emploi de technicien ou d’ingénieur au sein de la compagnie, qui propose un environnement de travail valorisant l’identité et le caractère de chacun. 

Les stagiaires issus de groupes sous-représentés amènent selon elle, une vision différente. Une source de partage et de connaissances qui ouvrent de nouveaux horizons. « Au début de nos réunions, nous présentons des capsules d’inclusion, ce qui permet de provoquer des discussions à propos de la diversité », dit Mme Caumartin qui observe aussi une évolution des mentalités au cours des 30 dernières années. 

Au fil des ans, son entreprise a mis en place des pratiques pour célébrer la différence. Le personnel est invité par exemple à poser des gestes concrets lors de la Journée mondiale de la santé mentale, le Mois de l’histoire des Noirs ou lors de la Journée des femmes ou de la Journée nationale des autochtones. 

« On met tout en œuvre pour attirer des individus représentant une diversité de talents, de perspective et d’expérience. Notre objectif est de créer une culture d’entreprise où tous se sentent accueillis, acceptés, soutenus, où chacun est libre d’être soi-même »

Helen Caumartin, directrice Acquisition de talents,
chez Stantec, reconnu comme étant parmi les meilleurs employeurs en Amérique en Nord

Diversité 

Les avantages sont nombreux. « Ces gens amènent de nouvelles idées. Le but est d’obtenir une diversité au niveau des pensées, des façons de faire et ainsi créer une belle cohésion », précise Hélène Beaulieu, directrice des ressources humaines pour l’Est du Canada chez Hatch, une firme de génie-conseil, qui emploie 9000 employés dans le monde dont 850 au Québec. 

Chaque session universitaire, une trentaine de stagiaires viennent se joindre au personnel dont 40 à 50 % sont de jeunes femmes. « Si on rencontre 6 candidats pour un poste de stagiaire, on doit minimalement rencontrer 3 candidates féminines. Une fois choisies, on s’assure qu’elles soient jumelées avec un mentor féminin. De cette façon, elles ont un modèle tout au long de leur formation. »


  • 15 % de femmes sont membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec.
    L’organisme vise à porter à 30 % le taux de nouvelles ingénieures en 2030
     
  • 35 % des diplômés en génie sont issus de l’immigration

La multinationale considère important que les employés puissent être eux-mêmes au travail sans crainte d’être jugés. « Nous avons été la première entreprise de génie conseil au Québec à participer à la parade pour la Fierté gaie », ajoute Mme Beaulieu. 

Récemment, l’ancien champion de natation olympique Marc Tewksbury a prononcé une conférence virtuelle aux employés d’Hatch. « En révélant son homosexualité, il nous a dit qu’il a été capable de performer aux Jeux Olympiques. C’est important que les gens, en venant travailler chez nous, puissent être qui ils sont, et ainsi, donner leur plein potentiel. » 

Quelles sont les pistes pour intégrer ces stagiaires ? 

« Il faut s’informer par des lectures, des formations et aussi être à l’écoute et sensibles à leurs besoins », dit Mme Beaulieu. Cela signifie d’accommoder un employé qui a besoin d’une pièce fermée pour pratiquer sa religion durant 15 minutes par jour.  Par le passé, les dirigeants ont réaménagé le bureau de Sorel-Tracy afin d’accueillir un employé en fauteuil roulant. De tels gestes ou actions ont une incidence sur le sentiment d’appartenance et de loyauté des travailleurs. 

Entretemps, les actions des grandes entreprises se traduisent, entre autres, par des formations aux gestionnaires sur les bonnes pratiques inclusives, un plan d’action sur l’engagement organisationnel en matière de diversité, des activités, des conférences. 

De l’avis de plusieurs, il existe encore des préjugés, parfois inconscients et même des tabous dans l’industrie de l’ingénierie.  « On continue nos efforts afin que tout le monde se sente bien chez Hatch et il n’est pas question de baisser notre garde », conclut la directrice des ressources humaines chez Hatch pour l’Est du Canada.  

Attirer les consommateurs 

Du côté des PME et des petites entreprises, la présence de stagiaires issus de groupes sous-représentés contribue à stimuler la créativité et permet même d’attirer de nouveaux consommateurs. 

C’est le cas de la bijouterie en ligne Ecksand qui se spécialise dans la création de bijoux haut de gamme et écoresponsables. Une stagiaire, originaire de la Mongolie, Chimgue Morang a contribué au succès de la joaillerie qui utilise de l’or recyclé et des diamants provenant de mines exploitées selon des règles éthiques.  

« Je ne vois que des bénéfices à la diversité. Nous comptons 90 % d’immigrants au sein de notre personnel composé en majorité de femmes originaires de l’Europe, Afrique, Philippines, Italie, Moldavie, Brésil et l’Ouest du Canada »

Yoan Gehant-Vidoni, co-fondateur de l’entreprise de 65 employés

Parmi eux, il cite l’exemple de son éditrice, originaire de l’Iran. « Les Iraniens sont très forts en littérature et elle a adapté ses connaissances à notre langue pour vendre sur notre site Web, en le rendant poétique, élégant et agréable à lire. Et en moins de deux semaines, admire-t-il, elle est aussi parvenue à comprendre la mentalité d’un client québécois. » 

Percer le marché chinois

En embauchant des stagiaires et du personnel issus de différents pays, M. Gehant Vidoni tisse des liens avec eux. Des membres de son équipe, d’origine chinoise ont commencé à communiquer avec des influenceurs présents en Chine sur des réseaux sociaux différents de Facebook ou YouTube. « Si on n’engage pas des employés diversifiés, on ne pourra jamais avoir accès à ces réseaux qui sont pour nous, des canaux de vente », croit le président de la bijouterie qui a été fondée en 2010 avec son épouse Erica Bianchini. 

Si la percée Chinoise est encore à l’état embryonnaire, l’entrepreneur est fier de la présence de nombreuses femmes au sein de la manufacture de joaillerie. Un milieu extrêmement conservateur, composé majoritairement d’hommes. « On fait notre marque en laissant de la place aux femmes qui s’illustrent par leur dextérité. Nous avons des acheteuses de rubis, saphirs au Ski Lanka, ce qui était inimaginable avant. Il faut bien que quelqu’un, à un moment donné, instigue le changement », confie-t-il avec une pointe de fierté dans la voix. 

Force de persuasion

En 2019, les fondateurs du Bar à parfum, Antoine Taoutel et Rima Bazerji Taoutel ont engagé deux stagiaires, des réfugiés syriens. « Le plus grand bénéfice pour nous a été leur formation dans la vente et marketing. Ce qui nous a aidés à vendre et même à persuader des clients d’acheter nos produits. »

Depuis 4 générations, l’entreprise de M. Taoutel crée des parfums et des huiles essentielles à partir de plantes. Parmi son personnel de 10 employés, on compte des gens originaires du Maroc, du Liban, d’Algérie, de Tunisie, de Colombie et des Québécois. M. Taoutel est fier de les aider à s’intégrer et faire partie de la famille québécoise et il souhaite récidiver l’expérience avec d’autres stagiaires. 

S’adapter aux forces de chacun

À l’autre bout de la province, à Rivière-du-Loup, grâce aux subventions disponibles, le directeur général de la résidence pour aînés Les Bâtisseurs, Benoit Belzile engage des stagiaires qui ont certaines limitations sur le plan physique et mental. L’une d’elles, a commencé des tâches à la cuisine. Maintenant, employée à temps plein, elle s’occupe du service à la salle à manger. 

« Il faut leur laisser une chance de faire leurs preuves et on les voit s’épanouir par la suite. Ils ont même le sourire aux lèvres en travaillant »

Benoit Belzile, directeur-général de la résidence Les Bâtisseurs à Rivière-du-Loup

Les résidents, des personnes âgées, les accueillent en témoignant de la gratitude et de la reconnaissance. Quel conseil suggère-t-il aux entrepreneurs ? « Cela prend un bon encadrement au début. Il faut les observer, les écouter, les comprendre et s’adapter aux forces de chacun. » 

Sur le point d’embaucher à temps plein une deuxième stagiaire ayant un léger handicap, M. Belzile énumère les bénéfices. « Une fois qu’ils sont heureux au travail, ces employés représentent une stabilité pour notre entreprise parce qu’ils sont loyaux et reconnaissants. »

Stagiaire des Premières Nations 

À Québec, l’entreprise de construction MTM a profité d’une subvention pour engager un apprenti-menuisier, Philippe Sioui-Robitaille, originaire du village huron Wendake. 


Le propriétaire Marc Tailleur est lui-même originaire de Mashteuiatsh, une communauté innue, située au Saguenay Lac-Saint-Jean. « Avec une subvention, cela devient moins stressant de lui apprendre le métier. Je suis fier qu’il puisse gagner un bon salaire et avoir un bel avenir devant lui. »

Le PIB du Québec pourrait s’accroitre de 1,7 milliards de de dollars et de plus de 27,7 milliards au Canada, chaque année, si les barrières tombaient quant à la participation des Premières Nations, Métis et Inuits à l’économie. 

Source : Conseil national de développement économique des Autochtones (CNDEA)

Engager un étudiant 

Au printemps 2021, la directrice des communications chez Havea Group, spécialisée dans les compléments alimentaires, Alexandra Saumon s’est montrée sensible à la cause des jeunes universitaires, alors isolés à la maison. « Ils ont connu un stress et une forte solitude et pour nous, c’est un devoir de leur laisser entrevoir un horizon positif et des possibilités. »

Elle trouve important d’offrir son expérience et même de devenir un mentor. Engager un étudiant en stage a été l’occasion d’une belle expérience. « On bénéficie de la vision, des connaissances, des habitudes et de la façon de penser d’une jeune génération de consommateurs.» 

« Ces jeunes, observe-t-elle, sont rapidement autonomes et s’investissent dans nos missions, nous permettant de dégager du temps que nous n’avons pas toujours. C’est gagnant-gagnant. »